« La violence masculine n’est jamais un dérapage, c’est un choix conscient. »
Aurore, enseignante, militante féministe et étudiante en master sur les violences sexuelles, est cofondatrice d’une maison d’édition féministe. Issue d’une double culture provençale et espagnole, elle décrit son engagement féministe, notamment avec les Amazones d’Avignon.
À l’annonce de l’affaire Pélicot, elle ressent dégoût et sidération face à l’ampleur de la violence. Ce qui est le plus significatif, selon elle, c’est que ces agresseurs sont des hommes ordinaires — des voisins, des collègues, des pères de famille — et que leur proximité transforme toutes les femmes en cibles potentielles.
Aurore affirme que Dominique Pélicot a prostitué son épouse, même sans échange d’argent, en tirant un bénéfice de pouvoir et de domination. Pour elle, la pornographie et la prostitution institutionnalisent la violence masculine, et la jouissance des violeurs n’est pas sexuelle, mais fondée sur la soumission et la destruction des femmes.
Elle décrit le “pacte fraternel” entre hommes, visible pendant le procès, où agresseurs et complices se soutiennent et où la justice les protège encore. Voir ces hommes fiers et non repentis, masqués face aux militantes féministes, fut une expérience bouleversante.
Aurore s’est investie dans toutes les actions du collectif : présence au Tribunal, veille, collages, manifestations, coordination avec les militantes espagnoles. Elle dénonce les verdicts beaucoup trop faibles et une justice incapable de reconnaître la gravité des crimes.
Le procès l’a renforcée politiquement : elle y a vu la preuve que la violence masculine est systémique et que seule une analyse féministe permet de la comprendre. Elle regrette un traitement médiatique souvent biaisé, coupant ou détournant les propos féministes, et rappelle que “ce qui est extrême, ce n’est pas le féminisme, c’est la violence masculine”.
Aurore revient enfin sur son parcours : héritière d’une culture anarchiste et humaniste, elle est devenue féministe radicale et abolitionniste. Elle rejette le “féminisme libéral”, qui nie les rapports de domination, et rappelle qu’aucune femme ne “choisit” librement la prostitution ou la GPA.
Pour elle, la sororité est un lien profond et politique entre femmes, forgé dans la conscience partagée de la violence patriarcale. Le procès a consolidé ce lien et confirmé une conviction essentielle : les hommes savent très bien ce qu’ils font, et la lutte féministe ne doit jamais s’arrêter.