Listen

Description

« Dans le tribunal, personne ne rappelait la loi abolitionniste : c’était comme si elle n’existait pas. »

Nadia, originaire de Marseille, est une militante féministe engagée depuis plusieurs années. Elle a créé et animé pendant longtemps une émission de radio intitulée « La Révolution sera féministe », diffusée sur Radio Galère, où elle abordait l’actualité, les luttes et les analyses féministes. Son engagement est né d’une profonde déception vis-à-vis d’Amnesty International, dont elle a quitté le mouvement après avoir découvert sa position pro-prostitution. Nadia s’y est opposée fermement, estimant que cette position trahissait les droits des femmes et légitimait la domination masculine.

Son féminisme est universaliste et abolitionniste, fondé sur l’idée que la prostitution, le voile ou la pornographie sont des piliers du patriarcat. Elle se revendique du féminisme historique radical, opposé au féminisme libéral qui réduit la liberté des femmes à des choix individuels. Elle explique que sa prise de conscience s’est aussi nourrie de son expérience personnelle de violences masculines, dont elle parle pour la première fois dans ce témoignage.

C’est par les Amazones d’Avignon qu’elle entend parler du procès Pélicot. Elle rejoint le collectif malgré un profond burn-out, convaincue qu’elle ne pouvait pas rester à l’écart d’un moment historique. Elle participe à plusieurs actions militantes : veilles au tribunal, collages, haka féministe, manifestations du 25 novembre et même actions spectaculaires comme la banderole « 20 ans pour chacun » sur les remparts d’Avignon.

Lorsqu’elle assiste aux audiences, Nadia est frappée par la culture du viol omniprésente dans la salle d’audience. Elle s’indigne d’entendre les violeurs se présenter comme des « clients » de la prostitution et de voir juges et experts psychiatres banaliser l’achat du corps des femmes, sans jamais rappeler la loi abolitionniste. Pour elle, cette absence de parole féministe dans la justice est une complicité active avec le patriarcat.

Elle prend la parole dans les médias, malgré la peur, pour dénoncer le lien entre pornographie, prostitution et viols, mais constate que la presse filtre ou ignore ce discours. Nadia considère pourtant que ce procès a marqué un tournant : il a rendu visible la violence masculine et a soudé les militantes autour d’une sororité réelle, joyeuse et puissante.

Enfin, elle évoque l’importance de reconnaître la contrainte économique dans la définition du viol, afin que la prostitution soit légalement reconnue comme un « viol tarifé ». Nadia conclut sur une note d’espoir : malgré la fatigue et le silence imposé aux féministes radicales, elle croit au pouvoir transformateur de la sororité et à la nécessité de continuer à nommer les choses pour changer le monde.