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http://polaroid41.com/ella/

Mardi 22 décembre 2020, 10h33.

Je discutais récemment avec un ami de la musique et de son pouvoir d’évocation. Impossible d’entendre certaines mélodies, certaines paroles sans être immédiatement replongé dans un contexte, une époque ou aux côtés de la personne à qui cette musique nous fait penser. J’ai un rapport étrange à la musique puisque j’en ai fait mon métier pendant quinze ans, mais la découverte de celle-ci s’est faite de manière totalement empirique. Pour le dire plus simplement, un joyeux bordel. On écoutait assez peu de musique à la maison quand j’étais enfant, et comme je suis d’un naturel curieux, je décidais d’acheter n’importe quel disque pour peu qu’un musicien me le conseille. Je me souviens très précisément du jour où Gérard, mon professeur de batterie, m’a dit que j’avais un niveau intéressant sur l’instrument et qu’il était temps d’aborder la musique ternaire, plus ou moins mise de côté jusqu’à lors, et d’aborder le jazz. Mais avant toute chose, il fallait que j’en écoute. Ok. Je me revois au beau milieu du magasin chez le disquaire en train de balayer du regard le rayon jazz. Le type s’approche et me demande si je cherche quelque chose de précis et je lui réponds naïvement du haut de mes treize ans : du jazz. Ma réponse a dû le surprendre mais il n’en a rien laissé paraître. Je le remercie pour ça. S’il s’était moqué, je serai parti en courant c’est certain.

_ Un artiste en particulier ?

_ Non non, du jazz, un truc bien.

Et me voilà de retour chez moi avec A Love Supreme de John Coltrane. Je l’écoutais en boucle sans rien comprendre vraiment. Mais on m’avait dit que c’était une référence absolue, je devais persévérer. C’est ce que j’ai fait. J’ai ensuite acheté Our man in Paris de Dexter Gordon, puis Somethin’ Else, Cannonball Adderley-Miles Davis, et puis beaucoup d’autres. J’ai appris à aimer ces standards du jazz et à les chanter, ça m’a rendu service plus tard dans mon cursus de batteur. Le jazz y tient une place importante et je connaissais ça depuis mes treize ans. Quand j’écoute ces disques aujourd’hui je me revois immédiatement enfant, assis en tailleur devant la platine cd familiale placée sous la télévision, le casque vissé sur les oreilles. Le pouvoir d’évocation de la musique joue à plein.

Puis j’ai découvert les chanteuses de Jazz, immense coup de cœur pour Ella Fitzgerald. La plus grande selon moi, je ne me lasse jamais de l’écouter. Il ne se passe pas une semaine sans que j’écoute Ella Fitzgerald. En solo, ou avec Louis Armstrong. Elle est touchée par la grâce Ella. Elle me fait sourire, même les jours de pluie. J’ai écouté mille fois son concert Live à Berlin en 1960, c’est à chaque fois l’émerveillement. Le même qu’à la première écoute. Elle est absolument incroyable. « How high the moon » par Ella : c’est l’horizon qui se dégage, le bonheur d’être en vie, rien de grave ne peut nous arriver, rien. Elle me bouleverse. C’est tellement beau qu’il m’arrive d’en pleurer.

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Polaroid et texte intégral disponibles sur : http://polaroid41.com/ella/