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Mardi 27 Avril 2021, 11h39.
Je ne sais pas pourquoi, mais regarder de vieilles photos me rend souvent triste. Jeter un œil dans le rétroviseur n’est pas mon truc. Je me suis pourtant lancé dans la numérisation des photos de famille depuis quelques mois. L’idée étant de scanner toutes les photos disponibles pour que chaque membre de la famille puisse les avoir à portée de main sur un disque dur. Je pensais les connaître toutes parce qu’elles ne sont finalement pas si nombreuses, mais j’ai fait quelques belles découvertes. J’ai trouvé certains clichés que je ne connaissais pas ou que j’avais oubliés et quelques négatifs dont j’ai tiré des photos inédites. Une de ces images me poursuit depuis quelques semaines. C’est une photo de moi enfant. J’ai quatre ou cinq ans et je suis apparemment en vacances à la montagne. C’est l’été. Je suis debout sur un rocher, j’ai les mains en porte-voix et je crie, probablement pour jouer avec l’écho, comme le font tous les enfants. Cette image m’émeut. Ce bout de chou n’a pas l’air d’avoir peur de grand-chose, là, perché sur son caillou. C’est curieux, j’ai beau me dire qu’il joue avec l’écho des montagnes, j’ai l’impression qu’il me crie quelque chose à moi, le petit garçon devenu adulte, mais quoi ?... Alors j’ai imprimé la photo et je la trimballe avec moi comme marque-page dans mon livre du moment, celui que je suis en train de lire, en attendant qu’un jour peut-être elle me délivre son message.
Le week-end dernier, on a entrepris de vider le garage, autrement dit de débarrasser la maison de tout un tas de choses, vieilles, inutiles, ou abîmées. Là encore, j’ai eu droit à une belle promenade dans le passé. J’ai vu défiler au minimum treize ans de ma vie et parfois beaucoup plus. Treize ans puisque pour la première fois on a accepté de se séparer d’habits et d’objets datant de la naissance de notre fille aînée. On a trié toutes les affaires et on a rempli le container du Relais. On a gardé une poignée de fringues fétiches dont un pull tricoté-main, qui a tenu bien chaud aux trois frangines et qui a été gracié au motif de ses bons et loyaux services. On n’a pas pleuré, on n’avait pas le temps, mais on s’est mis à chanter très fort pour éloigner la nostalgie. On a trié les jouets des filles. A chaque landau sorti du tas, je revoyais sans problème laquelle de mes minuscules avait l’habitude de le pousser. On a pas mal jeté: trop vieux, trop abîmé, incomplet. J’ai déposé devant la benne Emmaüs le tout premier vélo d’Alice, il était tellement petit que ça m’a serré le cœur de le laisser là. Il fera le bonheur d’un enfant je l’espère. J’ai également jeté un élément de décor de mon premier spectacle, créé en 2004. Julia m’a fait promettre de garder mes chaussures de scène : des chaussures vertes qui m’ont suivi sur le deuxième opus.
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