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http://polaroid41.com/mme-papote/

Lundi 25 janvier 2021, 10h22.

Ça faisait bien longtemps qu’une réunion de travail n’avait pas illuminé mes journées. J’en suis le premier surpris, mais c’est pourtant vrai. Me retrouver autour d’une table avec une dizaine de collègues qui exercent le même métier que moi, du moins dans le monde d’hier, lorsque c’était encore possible, ça m’a réellement fait du bien. On a parlé projets, structuration, envies artistiques, bref la normalité d’avant semblait à nouveau à portée de main pour la première fois depuis des mois. Je me suis rendu compte de l’effet que ces retrouvailles ont eues sur moi à posteriori, lorsque j’ai été amené à parler de cette réunion. J’avais à nouveau envie, foi en mon métier et confiance en l’avenir. L’effet euphorisant se fait encore sentir aujourd’hui presque deux semaines plus tard. La bonne humeur et l’entrain sont fragiles mais ils sont bel et bien là.

Il m’arrive parfois de repenser à cette phrase que griffonne Christopher McCandless dans une des scènes finales du film « Into the wild » réalisé par Sean Penn « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ». Je suis absolument d’accord avec cette idée. La solitude ne m’a jamais fait peur, mais je suis convaincu que le bonheur se partage. Il me semble que même un bonheur vécu seul n’a de saveur que lorsqu’on le raconte à ceux qui nous sont chers, ceux capables de saisir l’émotion qui fut la nôtre. Alors peut-être parce que la convivialité est en disgrâce en ce moment, le partage me semble encore davantage précieux, comme une espèce de valeur refuge. Je pense qu’il est urgent de partager tout court, le bonheur certes, mais aussi le reste : nos doutes, nos craintes, nos tristesses. Il me semble que c’est un cadeau qu’on peut se faire, à soi et à l’autre.

J’avais rendez-vous il y a quelques jours avec la responsable d’un centre culturel municipal pour faire la présentation d’une création prévue en 2022 en vue d’un éventuel accueil en résidence. La structure se situe en plein cœur d’un quartier comme on dit, une cité quoi. La première chose qui m’a frappé, c'est le calme qui régnait là. D’habitude on croise beaucoup de monde sur la grande dalle devant le centre culturel, ça parle fort, ça s’interpelle, ça s’engueule à l’occasion. Mais là, rien. Le calme plat. Je pousse la porte de l’établissement et je suis immanquablement accueilli par un énorme flacon de gel hydro alcoolique fixé sur son support et qui me tend les bras. Je me désinfecte les mains et me dirige vers l’accueil. Je me présente : j’ai rendez-vous avec la responsable de la programmation. Les deux femmes qui sont derrière le guichet me confirment qu’elle vient d’arriver et qu’elles vont la prévenir de mon arrivée. Je pense que la personne de gauche est celle qui est chargée de l’accueil et que celle de droite s’est simplement arrêtée pour papoter un instant avec sa collègue. Madame Accueil s’empare du téléphone pour m’annoncer tandis que madame Papote me détaille. Je fais un pas de recul pour patienter dans un coin.

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Polaroid et texte intégral sur : http://polaroid41.com/mme-papote/