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Dimanche 14 février 2021, 21h20.
Une semaine sous la pluie et encore pas mal de temps passé devant mon écran d’ordinateur, faute de pouvoir partir en tournée. Malgré tout, en me promenant sur internet, j’ai trébuché sur deux pépites…
Mercredi matin, je tombai sur l’histoire de Julien Gérardin, le notaire-photographe. Personne ne sait réellement qui était ce monsieur ni même à quoi il ressemblait. On dit de lui qu’il avait une vie sans grand relief, il nous a pourtant légué un véritable trésor. 56 ans après sa mort (survenue en 1924), on a découvert du côté de Nancy une montagne de boîtes contenant plus de 6400 photographies du début du siècle. Des autochromes pour être précis, le premier procédé de photographie en couleur. Les images ont été numérisées et elles sont absolument sublimes. Mélancoliques, romantiques et sublimes. Des paysages des alentours de Nancy, des villages désertés, et des femmes dans quasiment chaque prise de vue. Uniquement des femmes. Des femmes qui posent dans des tenues du début du XXème forcément. C’est très beau, et surtout très touchant. Le monsieur était célibataire et sans enfants. Voilà tout ce qu’on sait de lui. Qu’est-ce qui l’a poussé à prendre ces photos ? Qu’en attendait-il ? Quel était son rapport aux femmes ? Qui sont ces femmes ? Personne n’a de réponse à ces questions pour l’instant. La photographie était probablement son passe-temps, son jardin secret. Était-il heureux de faire et d’avoir fait tant de photos ? A-t-il pensé qu’un jour quelqu’un tomberait là-dessus ? Quoi de plus émouvant que cet art désintéressé. De l’art pour l’art, de l’art non revendiqué, non signé, de l’art tout simplement. J’aime cette idée que chacun d’entre nous ait son jardin secret, son univers intime. J’aime l’idée qu’à la question : pourquoi fais-tu ceci ou cela ? Pourquoi cette passion ? La seule et unique réponse soit « c’est comme ça ». Sous-entendu « parce que le simple fait de le faire me rend heureux ». On se trouve là dans une sincérité absolue. Et voilà comment un siècle après le décès de monsieur Gérardin, on lui est reconnaissant d’avoir fait ces autochromes. Merci pour cette beauté éclatante sur mon écran d’ordinateur, la pluie peut continuer de tomber.
Le lendemain matin, un ami me parle au téléphone d’une certaine Vivian Maier. Une photographe qu’il vient de découvrir et dont il apprécie nle travail. Là encore l’histoire est incroyable au sens littéral du terme. Vivian Maier est née en 1926 à New-York, et elle est décédée en 2009 à Chicago. Son activité professionnelle était nourrice. Une nanny comme disent les américains. Sauf que pendant cinquante ans, elle a arpenté les rues de New-York puis de Chicago un appareil photographique à la main. Un Rolleiflex, puis un Leica par la suite. Elle a pris comme ça plus de 120 000 photos qu’elle n’a jamais montrées à personne. Par le plus grand des hasards, un type fait l’acquisition des négatifs lors d’une vente aux enchères en 2007 et découvre l’œuvre. Il décide de retrouver la personne qui a pris ces clichés, et alors qu’il s’apprête à la rencontrer, elle vient de mourir à l’âge de 83 ans.
Contrairement à notre notaire-photographe elle a fait pas mal d’autoportraits, on peut donc mettre un visage sur le nom de Vivian Maier. Plusieurs expositions lui sont consacrées dans le monde. Ses photos prises sur le vif nous offrent un témoignage précieux sur la vie dans ces grandes villes américaines dans les années 50/60.
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