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http://polaroid41.com/pluie/

Lundi 1er février 2021, 10h41.

Tout est parti d’une blague faite à ma fille Olivia samedi matin. Le petit déjeuner expédié, on s’est retrouvés côte à côte derrière la porte-fenêtre du salon à regarder la pluie tomber. Vraisemblablement les activités du week-end auraient lieu une nouvelle fois à l’intérieur de la maison. Le vent soufflait ses bourrasques et la pluie battait les vitres, juste devant notre nez. Olivia semblait tellement dépitée à l’idée de ce confinement météorologique que j’ai tenté de la faire sourire :

_ Et ben, il pleut tellement que si ça continue on va se transformer en grenouilles !

_ Ou plutôt en gouttes de pluie tu veux dire…

_ Ah bon ?

_ Ben oui, avec toute cette eau qui nous tombe dessus, on va se transformer nous aussi en gouttes de pluie, et comme ça on tombera sur la terre. On saura comment ça fait de traverser la terre puis de remonter dans les nuages. J’aimerais tellement voler et aller dans un nuage… Mais le problème c’est qu’on pourra plus dire le nom des choses…

_ Ah bon ?

_ Ben oui puisqu’on ne sera plus des humains. On aura tout oublié, tout notre savoir d’humain… ça sera un peu triste quand même… Allez, je retourne dessiner !

Me voilà comme un imbécile devant ma philosophe en herbe. Elle est déjà passée à autre chose. Assise à la table du salon, elle dessine et colorie comme une forcenée pendant que je reste planté là à me répéter ce qu’elle vient de me dire, histoire de ne pas oublier.

Je trouve totalement incroyable qu’une enfant de cinq ans puisse avoir conscience de faire partie d’un grand tout, d’une histoire familiale certes, mais plus largement de l’histoire de l’humanité. D’où peut-elle bien tirer cette prise de conscience ? Au moment où nous sommes fragilisés dans nos vies respectives, nos habitudes, nos métiers et plus largement nos relations sociales, Olivia remet tout en perspective dans la grande histoire de l’humanité. « Notre savoir humain » a-t-elle dit… Cette pandémie qui nous gâche l’existence n’apparaît plus comme une fatalité, mais plus comme une épreuve à traverser, ce que l’humanité fera sans aucun doute comme elle l’a toujours fait jusqu’ici. L’enjeu n’est plus d’avoir confiance en soi, même si c’est le point de départ pour continuer à avancer, mais confiance en l’humanité toute entière. Le vrai désastre serait donc, selon cette petite fille, de ne plus être des humains. De perdre tout ce que l’humanité à mis des millénaires à acquérir, à conquérir, à apprendre. Elle en profite au passage pour me donner une définition de l’être humain : il perçoit les choses, les ressent, et les nomme, ce que ne peut pas faire la goutte d’eau. C’est imparable.

Bon, ben c’est pas tout ça, mais il faut que je sorte malgré tout faire des courses ;

_ Tu restes sagement ici à dessiner. Alice (la grande sœur) est là si tu as besoin de quoi que ce soit. Ta mère est partie travailler ce matin, elle sera de retour à midi. Je pars faire quelques courses avec Anouk (la moyenne sœur).

_ Ok ’pa !

...

Polaroid et texte intégral disponible sur : http://polaroid41.com/pluie/