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Lundi 8 février 2021, 9h57.
J’ai une tendresse toute particulière pour la poésie du quotidien. Celle qui peut surgir entre deux phrases comme ces brins d’herbes ou ces fleurs qu’on voit parfois entre deux glissières d’autoroute. Tout n’est finalement qu’une question de vigilance. Il s’agit d’être attentif au monde, les yeux et les oreilles grands ouverts comme l’écrivait Tina dans un de ses précédents polaroids (Eyes wide open). Les enfants sont naturellement très à l’aise avec ça, je pourrai remplir des cahiers entiers de ce qu’on appelle des mots d’enfants, plus poétiques les uns que les autres. Cette poésie là est simple, évidente et toujours très émouvante. Ces petits êtres ressentent, rêvent et expriment leurs émotions de manière quasi simultanée. Ca surgit, et lorsque nous, parents, sommes attentifs ou disponibles, on attrape cette poésie au vol comme on se saisirait d’un filet à papillons. La poésie n’est pas l’apanage des poètes. Elle est absolument partout et je la considère comme essentielle. Elle donne toute sa saveur à un moment vécu. Elle peut même résumer l’instant ou la personne qui s’est improvisée poète. Il y a une poésie de la terre, je veux dire des gens de la terre. Les paysans sont bien souvent des poètes qui s’ignorent.
J’étais récemment chez mes voisins, Maryse et Jeannot, pour les aider au potager. J’avais entrepris de labourer avant qu’il pleuve. C’est Jeannot qui m’a appris à labourer. Il a d’abord fallu que je me familiarise avec le motoculteur, un engin fiable et rassurant. Depuis cinq ou six ans je laboure en suivant les conseils de Jeannot. Les premières fois, il était à mes côtés, aujourd’hui il se contente de rester au bout du rang. Sa mobilité s’en est allée avec les années. L’autre jour donc, je termine la parcelle et Jeannot me gratifie du compliment ultime :
_ « Marcou, tu es un laboureur… »
Je le remercie et lui fais remarquer que c’est lui-même qui m’a initié au labour. J’ai assisté à de nombreux labours en tant que passager du tracteur, mais c’est bel et bien chez lui que j’ai labouré pour la première fois.
_ « Je t’ai peut-être bien montré comment te servir du Kubota, mais tu es un laboureur né. Tu ne te contentes pas de labourer, tu écoutes la terre… »
Voilà. C’est à ce moment-là, que j’ai dégainé mon filet à papillons : « Tu écoutes la terre ». Le moment est résumé dans ces quatre mots et Jeannot aussi. Il est celui qui a prononcé ces mots, il en est l’auteur, et le moment devient magique. Merci.
Je discutais récemment avec Patrick, éleveur et dresseur de chiens dans le village. Il dresse notamment les chiens de troupeaux. Je trouve ça fascinant de voir le chien à l’œuvre, il regroupe le troupeau de brebis et les ramène à la bergerie. Il est guidé uniquement par des mots prononcés à voix basse par son maître ainsi que des légers sifflements. Je remarque que Patrick laisse plus ou moins de temps entre les différentes consignes données au chien. Il observe.
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