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Mardi 18 Mai 2021, 11h24.
La nouvelle enfle depuis quelques semaines. Un début de retour à la vie normale est prévu pour demain. Les terrasses de café vont rouvrir, le couvre-feu reculera à 21h, les théâtres, les cinémas, les musées rouvriront leurs portes. Bref, les « non-essentiels » sont de retour. J’ai tellement attendu ce moment que je suis anormalement calme. On me demande de me lever après m’avoir laissé bien trop longtemps assis. J’avais prévenu que ça ne m’allait pas. Un hyperactif assis c’est contre nature. Résultat, il va me falloir quelques jours avant de retrouver la station verticale. C’est malin tiens… Je n’ai même pas envie de courir boire une bière en terrasse. Je n’ai pas envie de fêter ce retour de la vie, on n’aurait jamais dû la laisser filer. On me rend un tiers de ce que j’avais avant et je devrais être hystérique ? Non merci. Pas de ça chez moi. On croirait une technique de management, de gestion des ressources humaines : une espèce de plan social à l’échelle de l’humanité. On annonce que tout le monde est débarqué, de longs mois de négociation et d’attente s’écoulent, victoire : On a sauvé un tiers des salariés. Beurk… Je veux tout ce que j’avais avant, qui à passer pour un sale gosse. Tout.
Je ne crois pas à l’hystérie simulée du moment. C’est en sortant un orteil de la grotte qu’on va réaliser qu’on est dans l’ombre depuis plus d’un an. Et c’est triste de réaliser ça. On va prendre réellement la mesure de ce qu’on vient de traverser. On va se réjouir, c’est normal, c’est humain, mais en ce qui concerne, et pour quelque temps encore, j’aurai de la tristesse plein les poches.
Je me suis quand même offert un petit bonheur cette semaine. L’intégrale en dvd de la série mythique en noir et blanc The Twilight Zone de Rod Serling. Ce type est un génie, il a écrit à lui seul 92 des 156 épisodes que compte la série au total. Enfant, puis adolescent, je dévorais les épisodes de cette série qui étaient diffusés le samedi après-midi sur TF1. Certaines histoires m’ont profondément marqué. La construction des épisodes est toujours impeccable, l’esthétique magnifique et la créativité incroyable. En France on a traduit The Twilight Zone par la Quatrième Dimension, mais de manière littérale, ce serait plutôt la Zone Crépusculaire. L’expression Twilight Zone était vraisemblablement utilisée dans l’US Air Force pour nommer cet instant précis où un avion est incapable de voir la ligne d’horizon alors qu’il est en phase d’atterrissage. Il est dans le flou. Et c’est bien à cet endroit que nous convie la série : « Nous sommes transportés dans une autre dimension. Une dimension inconnue de l’Homme. [..] Une dimension sans espace, ni temps, mais infinie. C’est un voyage dans une contrée dont la seule frontière est notre imagination.»
Le soir même, je regardais le premier épisode avec gourmandise. Il s’intitule “ Where’s everybody ?”, traduit sobrement en français par “Solitude”.
Un homme erre dans une petite ville désertée par ses habitants. Malgré des traces évidentes d'activité humaine très récente, son angoisse augmente au fur et à mesure qu'il constate qu’il est le seul être vivant de cet endroit énigmatique. Il ne sait ni qui il est, ni comment il est arrivé là, et encore moins pourquoi la ville est abandonnée.
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Polaroid intégral (photo, texte et audio) disponible sur : http://polaroid41.com/quatrieme-dimension/