A l'Atelier, on discutait des pièges de la discussion - si, si, c'est vrai - et des pouvoirs captifs de la parole : pièges d'à-peu-près tous les problèmes tels qu'ils sont imposés, c'est-à-dire imposés de telle sorte qu'ils empêchent de penser. La guerre, le climat, le capital, la race, l’empire, bref, assez ! on est déjà fatigués. Et oui des hommes meurent, et des enfants, et des peuples disparaissent, d'autres sont pressurés, et oui toujours les mêmes, et le peuple manque, et même le peuple des animaux, tiens ! et les montagnes, et les forêts et les mers, et les déserts partout, et d'autres encore. Donc, oui, « d’accord, d’accord, mille fois d’accord », mais passons à autre chose. À quoi ? On se disait : apprendre à décourager (de) la discussion, apprendre à décourager la volonté de s'en sortir. Pas exactement la négation, pas exactement le nihilisme, autre chose, encore du côté de la fuitologie. On se souvenait aussi d'un cours de Deleuze : les forces les plus démoniaques ne sont pas celles qui vous empêchent de vous exprimer, ce sont celles qui sollicitent votre parole, exprime-toi ! exprime-toi ! Et déjà c'était quelque chose. Mais l'un de nous s'est souvenu de cet extrait de la Leçon de Barthes. C'est vrai, on l'avait oublié ! On n'en avait gardé que le cliché. Pourtant c'est mieux. Écoutez donc.
Parmi les passages les plus célèbres qui auront été symétriquement les moins honnêtement discutés - chose étonnante, par Descombes, par exemple, qui reste drôle, certes -, celui assez parfait où Barthes déclarait : "la langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire".
On trouve en ligne la publication des enregistrements des cours, par exemple ceux de la première année (1977) : https://www.roland-barthes.org/comment_vivre_ensemble1.html