Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustré par Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît :
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Quand Fatou se réveille, le soleil est déjà haut. Il est tempsd’aller jouer. Mais sa maman la retient. Ce matin, il y a unproblème au village. Un problème de taille. Un problème de lataille d’un lion.
– Reste là, ma fille. Un vieux lion s’est installé au milieudes cases. Tu n’iras pas jouer dehors aujourd’hui. C’est tropdangereux.
Fatou se précipite à la fenêtre et découvre l’animal. La bêteest allongée. Elle ne dort pas. Elle a les yeux ouverts et regardeautour d’elle. Fatou n’a jamais vu un lion d’aussi près.Pourtant, elle aimerait s’approcher encore, mais c’est tropdangereux.
Tout le monde s’est réuni dans la case d’à côté pour trouverune solution et la maman de Fatou s’apprête à rejoindre lesautres.
Fatou regarde par la fenêtre. Le lion ne bouge pas. Elle aperçoitla large tête couronnée. Il est magnifique. La bouche ouverte,l’animal tire la langue et halète. Il est peut-être malade oufatigué.
– Viens, ma fille. Je t’emmène avec moi.
Quelques minutes plus tard, dans la case d’à côté, le chef parlele premier.
– D’habitude, les lions restent dans la savane. Ils vivent entroupe. Un lion solitaire, ça n’existe pas. Mais garder une bêtesauvage près des habitations, c’est hors de question !
Un des villageois prend alors la parole.
– Si ce lion a faim, il risque de nous dévorer. Il faudrait unchasseur pour s’en occuper. Je vais aller chercher ma lance et vousen débarrasser.
Fatou aimerait parler mais elle se tait. Tuer ce lion qui n’a rienfait, quelle drôle d’idée !
Heureusement, le chef intervient.
– Le chasser, j’y suis opposé. Sa présence signifie quelquechose. Le roi des animaux n’est pas là par hasard. Bien sûr, ilne peut pas rester, mais un grand malheur s’abattra sur nous sinous lui faisons du mal. Alors comment faire ? Lui parler ?Impossible. L’adopter ? Encore moins. Il faut trouver uneautre solution.
Fatou soupire. Les adultes ne comprennent rien. Ils sont tropcompliqués. Elle se demande si ce lion n’aurait pas soif, mais unesoif énorme, comme Fatou quand elle a trop joué. Une soif quil’empêcherait de bouger.
Pendant que les grands continuent de discuter, Fatou sort de la casesur la pointe des pieds. Elle va chercher une petite calebasseremplie d’eau. Lentement, elle s’approche du lion. Elle n’en ajamais vu d’aussi près. Elle n’en a jamais vu d’aussi gros.Fatou aime les animaux. Elle n’a pas peur mais elle estimpressionnée. Son cœur bat vite. Elle dépose la calebasse devantle lion. L’animal relève la tête. Il a les yeux presque fermés,l’air très fatigué. Fatou recule et l’observe. Bientôt, ellesourit. Le lion s’est mis à boire. Sa langue prend toute la placedans la calebasse.
Fatou rejoint les adultes sur la pointe des pieds. Personne n’avaitremarqué son absence. Elle s’approche alors de la fenêtre et voitque le lion s’est relevé. Il est en train de s’éloigner. Fatouavait raison, c’était la soif qui empêchait ce vieux lion debouger. Mais une soif énorme, comme Fatou quand elle a trop joué.Dès que les grands auront fini de palabrer, ils pourront laféliciter.