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Description

Introduction

Ce deuxième épisode poursuit l’analyse critique de la psychanalyse en déconstruisant la notion de déni telle qu’elle est utilisée dans le discours freudien. Le déni, devenu une accusation commode contre toute critique, fonctionne comme un outil de disqualification. Michel Onfray montre comment ce concept est utilisé de manière circulaire, autoréférentielle, empêchant toute remise en question de la doctrine psychanalytique. Il propose une lecture matérialiste du déni, en replaçant le refoulé dans le corps et non dans des abstractions psychiques désincarnées.

1. Le déni comme outil d’immunisation doctrinale

La psychanalyse a fait du « déni » une arme idéologique :

* Quiconque critique Freud ou la psychanalyse est accusé de refouler ses propres névroses.

* Cette accusation rend toute opposition illégitime car elle est interprétée comme symptôme.

* Le concept de déni devient un cercle herméneutique clos, où toute objection renforce la vérité supposée de la psychanalyse.

Ainsi, le discours freudien ne se réfute pas, il se protège de toute réfutation.

2. L’hypocrisie du système psychanalytique

Onfray souligne le caractère clérical et inquisitorial du dispositif freudien :

* La doctrine est défendue comme un dogme.

* Les critiques sont frappés d’anathème : taxés d’ignorance, de malveillance ou de pathologie.

* Des figures critiques comme Karl Kraus, Sándor Ferenczi ou Otto Rank ont été rejetées, marginalisées, voire effacées de l’histoire officielle.

Ce système repose sur la disqualification personnelle des dissidents plutôt que sur la confrontation rationnelle des idées.

3. Le double discours sur la science

La psychanalyse joue sur deux registres :

* Elle revendique un statut scientifique, en empruntant à la biologie ou à la physique (concepts de pulsion, d’énergie, de pression).

* Mais dès qu’on lui oppose des critères de vérification, elle se réfugie dans la singularité du cas, dans la complexité de l’âme humaine, ou dans l’herméneutique infinie.

Ce double discours permet à la psychanalyse de revendiquer la scientificité tout en refusant l’épreuve de la falsifiabilité.

4. Vers une théorie matérialiste du déni

Onfray propose de revenir au corps :

* Le refoulé n’est pas un contenu abstrait tapi dans un « inconscient » métaphysique, mais une énergie qui traverse, marque, imprime le corps.

* Le symptôme est un langage du corps, une manifestation somatique d’un conflit.

* Ce conflit est souvent social, historique, familial, plus que purement intrapsychique.

Il s’agit de penser le déni comme une ruse vitale, une stratégie d’adaptation corporelle aux contraintes du réel.

5. Déni et refoulement comme stratégies de survie

Freud psychologise à l’extrême des réactions humaines fondamentales :

* La mémoire traumatique, l’oubli, le silence ne sont pas nécessairement pathologiques.

* Ils peuvent relever de mécanismes de préservation de soi, de défense vitale contre l’invivable.

* Le corps choisit de ne pas savoir pour continuer à vivre.

Cette relecture humaniste et matérialiste réinscrit la psyché dans la chair.

6. Critique du monopole psychanalytique sur le sens

La psychanalyse confisque le sens des affects et des souffrances :

* Elle impose une grille de lecture unique.

* Elle invalide les autres discours (philosophie, sociologie, politique, littérature) comme non légitimes.

* Elle prétend à l’universalité alors qu’elle est historiquement située et idéologiquement marquée.

Onfray appelle à une pluralité d’approches, à une démocratie herméneutique où le sens ne serait pas confisqué par un clergé interprétatif.

💡 Conclusion

L’épisode dénonce la dérive totalitaire de la psychanalyse lorsqu’elle utilise le « déni » comme arme pour invalider toute critique. Le concept, vidé de rigueur, devient un outil de pouvoir. En revenant à une lecture matérialiste et corporelle du refoulement, Onfray appelle à sortir de la religion freudienne pour ouvrir la voie à une pensée incarnée, plurielle et critique. La vérité ne saurait être l’apanage d’un seul discours ; elle doit circuler dans un espace de confrontation libre et ouverte.

📚 Philosophes mentionnés

* Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste, penseur du déterminisme et du corps comme lieu de la pensée.

* Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) — Philosophe de la volonté, théoricien de l’inconscient comme force aveugle.

* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe du corps, du vitalisme et de la critique des idéologies.

* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse.

* Karl Kraus (1874 – 1936) — Écrivain et satiriste autrichien, critique virulent de la psychanalyse et de la société viennoise.

* Sándor Ferenczi (1873 – 1933) — Psychanalyste hongrois, disciple critique de Freud, théoricien du traumatisme.

* Otto Rank (1884 – 1939) — Psychanalyste autrichien, critique du freudisme et promoteur d’une psychanalyse plus créative.

Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



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