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Description

Introduction

Ce troisième épisode poursuit l’enquête critique sur Freud en s’intéressant à sa culture philosophique. Michel Onfray déconstruit l’image d’un Freud ignorant ou méprisant la philosophie, et montre au contraire comment il s’est nourri de lectures philosophiques nombreuses, souvent passées sous silence, voire dissimulées. L’épisode présente Freud comme un « conquistador » intellectuel, pillant des territoires philosophiques pour les réorganiser à sa guise sans toujours reconnaître ses sources.

1. Freud, lecteur de philosophie

Malgré ses affirmations publiques de distance vis-à-vis de la philosophie, Freud a lu de nombreux penseurs :

* Il possédait dans sa bibliothèque personnelle des dizaines d’ouvrages philosophiques, annotés de sa main.

* Il a lu et intégré des idées de Platon, Aristote, Spinoza, Kant, Schopenhauer, Nietzsche, entre autres.

* Il reprend sans le dire des concepts comme la volonté (Schopenhauer), l’inconscient (Leibniz, Hartmann), ou encore l’illusion religieuse (Feuerbach).

Ce camouflage vise à faire passer ses idées comme originales, alors qu’elles s’inscrivent dans une longue tradition.

2. Une stratégie d’effacement des sources

Freud adopte une posture ambivalente :

* D’un côté, il minimise ou nie ses dettes philosophiques.

* De l’autre, il s’approprie des concepts clés de manière implicite.

* Il qualifie la philosophie de spéculative ou d’improductive, mais en reprend les grandes questions : désir, vérité, subjectivité, langage, etc.

Cette posture permet de construire l’image d’un savant moderne en rupture avec la tradition, tout en capitalisant sur elle.

3. Freud, conquistador de concepts

Onfray propose une métaphore centrale :

* Freud est un conquérant intellectuel : il entre sur des territoires occupés, déplace les bornes, rebaptise les lieux.

* Ce geste d’appropriation permet une refondation : Freud transforme des intuitions philosophiques en outils psychanalytiques.

Mais cette opération n’est pas neutre : elle efface les filiations, interdit la reconnaissance des antériorités, et impose une histoire officielle de la psychanalyse centrée sur un seul homme.

4. La bibliothèque philosophique de Freud

L’inventaire de la bibliothèque personnelle de Freud contredit son discours :

* On y trouve des œuvres complètes de Schopenhauer, Nietzsche, Kant, Spinoza.

* Ses exemplaires sont souvent annotés, parfois même recopiés à la main.

* Cela prouve une fréquentation assidue et une assimilation active de la pensée philosophique.

Ce matériau aurait dû permettre une autre généalogie de la psychanalyse, enracinée dans la tradition philosophique matérialiste et critique.

5. L’omission stratégique de Nietzsche

Le cas Nietzsche est particulièrement révélateur :

* Freud nie avoir lu Nietzsche avant l’élaboration de ses concepts majeurs.

* Pourtant, les correspondances montrent qu’il en possédait plusieurs ouvrages.

* De nombreuses affinités de pensée existent entre les deux : primat du corps, critique de la religion, analyse du langage, importance du rêve et du symptôme.

L’effacement de Nietzsche vise à éviter une concurrence symbolique dans la construction d’une nouvelle figure du penseur moderne.

6. Une psychanalyse philosophique non assumée

La psychanalyse est profondément philosophique :

* Elle répond à des questions anciennes : qu’est-ce que l’homme ? le désir ? la vérité ?

* Elle utilise des outils philosophiques : dialectique, herméneutique, critique de l’idéologie.

* Mais elle refuse d’assumer ce lien, préférant se présenter comme une science objective.

Onfray propose de réinscrire la psychanalyse dans le champ philosophique, et d’en faire une lecture critique à partir de ses sources réelles.

💡 Conclusion

L’épisode démonte la fiction d’un Freud autodidacte et isolé. Le fondateur de la psychanalyse a abondamment puisé dans la philosophie, en dissimulant ou niant ses sources pour mieux imposer son autorité. Michel Onfray propose une relecture historique et critique de cette trajectoire : la psychanalyse ne naît pas ex nihilo, mais prolonge, transforme, parfois trahit les grandes intuitions philosophiques. Cette généalogie permet de sortir d’un récit hagiographique pour rendre à la philosophie sa place dans l’invention freudienne.

📚 Philosophes mentionnés

* Platon (env. 428 – env. 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’idéalisme et de la théorie des idées.

* Aristote (384 – 322 av. J.-C.) — Philosophe grec, penseur du réel, du langage, de l’éthique et de la logique.

* Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste, auteur de l’Éthique.

* Gottfried Wilhelm Leibniz (1646 – 1716) — Philosophe allemand, auteur du concept d’inconscient avec ses « petites perceptions ».

* Immanuel Kant (1724 – 1804) — Philosophe des Lumières, théoricien du sujet transcendantal.

* Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) — Philosophe de la volonté inconsciente, précurseur de l’idéalisme noir.

* Ludwig Feuerbach (1804 – 1872) — Philosophe matérialiste, auteur de L’Essence du christianisme, critique de la religion.

* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe du corps, de la volonté de puissance et de la critique des valeurs.

* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Médecin et penseur autrichien, fondateur de la psychanalyse.

Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



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