Introduction
Dans ce quatrième épisode, Michel Onfray propose une lecture philosophique de la vie de Freud comme une autobiographie déguisée. Il déconstruit l’image du savant désincarné pour montrer comment les concepts freudiens, loin d’être universels ou scientifiques, sont le produit d’une subjectivité singulière. L’épisode s’attache à montrer que l’œuvre de Freud peut être lue comme une forme d’autobiographie philosophique où se projettent les désirs, les traumatismes, les fantasmes et les névroses de son auteur.
1. Freud et le mythe du savant objectif
La légende freudienne repose sur une figure de l’objectivité scientifique :
* Freud se présente comme médecin, homme de science, fondateur d’une discipline neutre et rigoureuse.
* Il récuse toute subjectivité dans l’élaboration de sa théorie.
* Cette posture dissimule le fait que sa pensée est profondément autobiographique.
Onfray met en évidence les ressorts personnels qui nourrissent la psychanalyse.
2. Une vie traversée par le fantasme et le refoulement
Freud est un homme hanté par :
* Son origine juive dans une culture antisémite,
* Un père humilié, une mère adorée,
* Une forte charge fantasmatique autour de la sexualité infantile,
* Une culpabilité profonde et des rêves obsessionnels.
Ces éléments ne sont pas marginalisés mais au cœur de la construction de ses concepts — en particulier le complexe d’Œdipe ou la pulsion de mort.
3. Les cas cliniques comme projections
Les cas célèbres de la psychanalyse — l’homme aux rats, Dora, l’homme aux loups — révèlent surtout :
* Les obsessions personnelles de Freud, projetées sur ses patients,
* Une tendance à forcer les récits pour qu’ils confirment ses théories,
* Une confusion entre l’interprétation clinique et l’auto-analyse masquée.
La psychanalyse fonctionne comme un miroir : elle éclaire moins les autres que son fondateur lui-même.
4. Le corps de Freud comme scène de vérité
Onfray insiste sur l’importance du corps :
* Les pathologies de Freud (migraines, douleurs, cancer) sont liées à sa psyché.
* Son usage massif de la cocaïne, sa consommation compulsive de cigares, son lien à la sexualité refoulée traduisent une souffrance incarnée.
* Le corps est l’archive vivante de ses conflits intérieurs.
L’œuvre freudienne peut être lue comme une tentative désespérée de donner sens à une vie douloureuse.
5. Vers une exégèse nietzschéenne de Freud
Onfray adopte la méthode que Freud appliquait à ses patients : lire le texte freudien comme symptôme :
* Il s’agit d’une herméneutique de la vie sous forme de doctrine,
* Une mise en récit idéologique de conflits intimes,
* Un travestissement philosophique de désirs refoulés.
C’est une invitation à retourner le regard : Freud devient le patient, et ses textes deviennent objets d’analyse.
💡 Conclusion
Cet épisode propose une lecture renversée de la psychanalyse : au lieu de prendre Freud au mot, il faut l’interpréter comme il interprétait les autres. La psychanalyse ne révèle pas des lois universelles de la psyché humaine, mais les angoisses et les fantasmes de son inventeur. Loin de toute neutralité scientifique, l’œuvre de Freud apparaît comme une autobiographie philosophique codée, marquée par une souffrance incarnée, que seule une lecture matérialiste et nietzschéenne permet de dévoiler.
📚 Philosophes mentionnés
* Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste, penseur de l’unité du corps et de l’esprit.
* Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) — Philosophe de la volonté, théoricien de l’inconscient.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe du corps, de la souffrance, et de la critique des illusions métaphysiques.
* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Médecin viennois, inventeur de la psychanalyse, auteur de L’Interprétation des rêves.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie