Introduction
Ce dixième épisode conclut la série en abordant la question du corps dans la psychanalyse. Michel Onfray oppose à la théorie freudienne de l’inconscient une lecture matérialiste et incarnée : Freud, en intellectualisant les affects et les pulsions, dénie le rôle du corps vivant, souffrant, désirant. L’épisode propose de réinscrire la pensée de l’inconscient dans une phénoménologie du corps, contre la tradition dualiste et abstraite issue de la métaphysique occidentale.
1. L’inconscient désincarné de Freud
La psychanalyse repose sur une conception de l’inconscient :
* Défini comme un réservoir de représentations refoulées,
* Compris comme un espace psychique autonome, détaché du corps,
* Accessed through langage, rêves, lapsus, symboles.
Cette conception dissocie l’esprit du corps, dans une perspective qui reconduit un dualisme cartésien.
2. Une pensée du refoulement qui oublie la chair
Freud ignore la matérialité du vécu :
* Il psychologise des troubles somatiques,
* Il interprète les symptômes corporels comme des signes symboliques,
* Il réduit les douleurs physiques à des expressions d’un conflit psychique.
Onfray rappelle que le corps souffre, désire et résiste en dehors du langage.
3. Une tradition dualiste à déconstruire
La psychanalyse hérite d’une tradition philosophique :
* Platon : séparation de l’âme et du corps,
* Descartes : distinction de la pensée et de l’étendue,
* Idéalisme allemand : survalorisation de l’esprit.
Freud prolonge cette lignée en mettant l’accent sur le psychisme au détriment du vécu corporel.
4. Pour une philosophie de l’inconscient incarné
Onfray plaide pour une réhabilitation du corps :
* L’inconscient est dans les muscles, les organes, la chimie, le système nerveux,
* Le désir est charnel avant d’être symbolique,
* La mémoire est inscrite dans la chair (douleur, tensions, blocages…).
Cette approche promeut une anthropologie matérialiste, enracinée dans la réalité vécue.
5. Nietzsche contre Freud : une ligne de fracture
Onfray oppose Freud à Nietzsche :
* Freud intellectualise et moralise le désir (culpabilité, castration…),
* Nietzsche célèbre la vie, les forces vitales, le corps en tant qu’affirmation de l’existence.
La pensée nietzschéenne permet de penser un inconscient vital, dynamique, enraciné dans la sensation et non dans la culpabilité.
💡 Conclusion
L’épisode clôt la série par une critique radicale du désincarnement freudien. Freud a voulu enfermer l’inconscient dans le langage, les symboles et la morale, oubliant le corps réel, celui qui jouit, souffre, désire. Michel Onfray appelle à une reconquête du corps, contre l’abstraction psychanalytique, en faveur d’un matérialisme vivant, joyeux, ancré dans l’expérience. Une pensée de l’inconscient ne peut ignorer la chair : elle doit la retrouver comme son lieu d’émergence essentiel.
📚 Philosophes mentionnés
* Platon (env. 428 – env. 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du dualisme entre le corps et l’âme.
* René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, théoricien de la séparation entre la pensée et le corps.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe du corps, du vitalisme et de l’affirmation de la vie contre les abstractions morales.
* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Médecin viennois, fondateur de la psychanalyse, promoteur d’un inconscient symbolique et désincarné.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie