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Description

Introduction

Cette séance explore la dimension irrationnelle et magique de la pensée freudienne, en opposition à l’image courante de Freud comme héritier des Lumières. À travers ses textes, sa correspondance et ses pratiques, se dessine un Freud fasciné par l’occultisme, la télépathie, le spiritisme, la numérologie et les superstitions, inscrivant la psychanalyse dans la logique de la pensée magique plutôt que dans celle de la rationalité scientifique.

1. Freud et l’anti-Lumières

Freud est souvent présenté comme un continuateur des Lumières, mais son rapport au réel et à la rationalité révèle une tendance irrationnelle. Là où la philosophie des Lumières s’appuie sur l’expérience, la raison et l’analyse critique, Freud préfère un univers conceptuel – l’inconscient – relevant du « nouménal » kantien, difficilement vérifiable et coupé du monde empirique. Cette construction s’apparente à un « théâtre de vérité » où les concepts (libido, refoulement, meurtre du père…) remplacent la réalité observable.

2. Pansexualisme et causalité magique

Freud interprète presque tous les phénomènes humains par une causalité sexuelle. Ce réductionnisme, qualifié de « pansexualisme » par ses contemporains, fonctionne comme une causalité magique : un problème quelconque reçoit toujours la même explication, centrée sur l’Œdipe, la sexualité infantile ou les pulsions. Cette grille universelle verrouille le système : ne pas y adhérer serait signe de maladie.

3. L’occultisme et la télépathie

Freud a manifesté un intérêt soutenu pour l’occultisme, affirmant une « communauté de destin » entre celui-ci et la psychanalyse. S’il se montre prudent en public, sa correspondance révèle qu’il expérimente la télépathie avec sa fille Anna et croit à la transmission de pensée. Il recommande toutefois de ne pas s’afficher avec les occultistes pour préserver l’image scientifique de la psychanalyse.

4. Spiritisme et forces suprasensibles

Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud évoque des « forces suprasensibles » et considère le spiritisme comme un domaine à prendre au sérieux. Il admet la possibilité d’adapter un jour les lois psychanalytiques aux phénomènes spirites, lorsqu’ils seront prouvés. Cette posture place la psychanalyse dans la continuité de croyances métaphysiques plutôt que dans la démarche expérimentale.

5. Superstitions et numérologie

Freud entretient des comportements superstitieux : usage de croix pour conjurer le mauvais sort, interprétations numérologiques de dates, cycles et numéros de téléphone. Influencé par les théories cycliques de Fließ, il attribue aux chiffres une signification personnelle, parfois anxiogène, qu’il intègre à son interprétation du monde.

6. La pensée magique selon Freud

Freud reprend la définition de Marcel Mauss : la magie naît quand on substitue des lois psychologiques aux lois naturelles, faute de connaissance scientifique. Il adhère aussi au principe du « comme si » et à la « toute-puissance des pensées », considérant la parole comme outil thérapeutique central. Cette logique rapproche la psychanalyse des pratiques rituelles où la fiction et le symbole sont perçus comme plus réels que la réalité.

💡 Conclusion

Loin d’incarner la pure rationalité des Lumières, Freud apparaît comme un penseur oscillant entre démarche intellectuelle et adhésion à des croyances occultes. Son œuvre mêle concepts psychanalytiques et pensée magique, en s’appuyant sur la toute-puissance des pensées, la causalité sexuelle universelle et des pratiques superstitieuses. La psychanalyse, dans cette perspective, relève moins d’une science expérimentale que d’un système symbolique et narratif doté d’une cohérence interne mais détaché des exigences empiriques.

📚 Philosophes mentionnés

* Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.) — Philosophe grec, figure majeure de la philosophie antique, fondateur de la logique formelle et de nombreuses disciplines scientifiques.

* Platon (env. 428 av. J.-C. – env. 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, élève de Socrate et maître d’Aristote, fondateur de l’Académie et de la théorie des Idées.

* René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe et mathématicien français, père du rationalisme moderne et auteur du « cogito ».

* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse, connu pour ses théories sur l’inconscient, le rêve et la sexualité infantile.

* Carl Gustav Jung (1875 – 1961) — Psychiatre et psychanalyste suisse, fondateur de la psychologie analytique, connu pour les concepts d’inconscient collectif et d’archétypes.

Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



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