Listen

Description

Introduction

Cet épisode se concentre sur les liens historiques et idéologiques entre la psychanalyse freudienne et les régimes autoritaires du XXᵉ siècle, en particulier le fascisme italien, l’austrofascisme et le nazisme. En retraçant les relations de Freud avec Mussolini, Dollfuss et Göring, il met en lumière la dimension politique implicite dans la diffusion de la psychanalyse et ses compromissions avec des pouvoirs antidémocratiques.

1. Freud et Mussolini : un soutien ambigu

Freud, qui se présente souvent comme un adversaire des totalitarismes, entretient pourtant des rapports cordiaux avec Mussolini. En 1933, il lui dédicace Pourquoi la guerre ? avec des mots élogieux et reconnaît son rôle dans la stabilisation politique de l’Italie. Ce geste, loin d’être purement diplomatique, traduit une certaine proximité idéologique autour de la notion d’ordre, de hiérarchie et de discipline. Loin d’une rupture nette avec le fascisme, cette relation révèle l’adaptation pragmatique de Freud aux contextes politiques pour préserver la place de la psychanalyse.

2. Dollfuss et l’austrofascisme

En Autriche, Freud ne s’oppose pas au régime autoritaire d’Engelbert Dollfuss, qui supprime les partis politiques et renforce le pouvoir exécutif. La psychanalyse continue de prospérer dans ce cadre, bénéficiant d’une tolérance bienveillante des autorités. Cette absence de critique publique, combinée à une acceptation tacite des restrictions démocratiques, montre que Freud privilégie la survie institutionnelle de sa discipline à un engagement politique antifasciste.

3. Göring et la psychanalyse nazie

En Allemagne, après la montée au pouvoir des nazis, la psychanalyse est placée sous le contrôle de Matthias Göring, cousin d’Hermann Göring. Ce dernier purge la discipline de ses praticiens juifs, tout en conservant une partie de la théorie freudienne, expurgée de ses références à la sexualité et à l’inconscient jugées subversives. L’Association psychanalytique internationale coopère partiellement, acceptant des compromis qui assurent la survie de la psychanalyse dans le Reich au prix d’une dépolitisation forcée.

4. La stratégie d’adaptation de Freud

Ces exemples montrent un Freud pragmatique, prêt à composer avec des régimes autoritaires, quitte à sacrifier des valeurs démocratiques ou humanistes. Cette attitude interroge la prétention universaliste de la psychanalyse, présentée comme émancipatrice, mais historiquement compatible avec des systèmes politiques oppressifs. Loin d’incarner une opposition de principe aux dictatures, la psychanalyse a su se maintenir grâce à une stratégie de neutralité affichée, mais politiquement orientée.

💡 Conclusion

La relecture de ces relations met en lumière les zones d’ombre du récit officiel sur Freud et la psychanalyse. Loin d’être un bastion de résistance face aux totalitarismes, elle a parfois cohabité, voire trouvé un terrain d’entente, avec les régimes fascistes et nazis. Ce constat invite à questionner la neutralité proclamée de la psychanalyse et à reconsidérer son histoire dans ses rapports au pouvoir.

📚 Philosophes mentionnés

* Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) — Philosophe allemand, représentant majeur du pessimisme philosophique, connu pour sa philosophie de la volonté.

* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique de la morale chrétienne et de la métaphysique, influent sur l’existentialisme et la pensée contemporaine.

* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse, connu pour ses théories sur l’inconscient, le rêve et la sexualité infantile.

Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe