Si nous voulions vraiment vivre au rythme de la nature,
il faudrait commencer par un geste très impoli :
se désynchroniser.
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Quitter la grande chorale des horaires.
Désaccorder la montre avec la machine.
Admettre que le corps n’a jamais signé le contrat de performance annuelle.
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La nature ne produit pas.
Elle insiste.
Elle suspend.
Elle recommence autrement.
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Il faudrait accepter une société moins brillante sur les tableaux de bord
et plus lisible sur les visages.
Des saisons lentes sans justification.
Des silences sans objectif.
Des accélérations brèves, presque joyeuses,
comme une course inutile avant la pluie.
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Il faudrait rendre à la déconnexion son ancien nom :
le repos.
Rendre à la lenteur sa vraie fonction :
comprendre ce que la vitesse nous empêche de voir.
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Nous avons appris à coordonner nos agendas.
Nous avons oublié d’écouter nos seuils.
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Vivre au rythme du vivant ne demanderait pas une nouvelle technologie.
Seulement un renoncement discret :
celui d’être rentables tout le temps.