Il y a quelque chose d’étrange dans nos sociétés modernes.
Un paradoxe presque indécent.
Si vous dormez sous un pont, personne ne vous doit vraiment quelque chose.
Vous existez, mais à la marge.
Visible… et pourtant administrativement invisible.
Pas d’adresse.Pas de dossier.Pas de case.
Alors la machine continue sans vous.
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Mais commettez un délit.
Entrez en prison.
Et soudain tout réapparaît :
un lit,
un médecin,
un dossier social,
parfois même un accompagnement pour la sortie.
Comme si la société savait mieux s’occuper de vous
quand vous avez fauté
que lorsque vous avez simplement sombré.
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Économiquement, c’est pourtant absurde.
De nombreuses études l’ont montré :
laisser quelqu’un vivre dans la rue coûte souvent plus cher que de lui offrir un logement.
Urgences hospitalières.Interventions de police.Hébergements d’urgence.
La facture circule partout…
mais personne ne la regarde dans son ensemble.
Alors la rue persiste.
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Ce paradoxe dit peut-être quelque chose de nous.
Nous savons gérer la faute.
Nous savons punir.
Nous savons enfermer.
Mais la misère nue, elle, nous met mal à l’aise.
Parce qu’elle n’est pas un crime.
Elle est simplement le miroir d’un système qui laisse parfois quelqu’un tomber hors du cadre.
Et ce miroir, nous préférons souvent détourner le regard.
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La question n’est peut-être pas seulement économique.
Elle est plus dérangeante.
Dans une société capable d’envoyer des hommes dans l’espace
et de faire circuler des milliards en quelques secondes…
comment est-il possible
qu’il soit parfois plus simple d’obtenir un lit
en entrant dans une cellule
qu’en dormant dans la rue ?