Nous avons longtemps cru que tenir debout suffisait à faire une vie.
Alors nous avons tenu.
Les murs, les autres, les promesses mal formulées, les silences hérités.
…
Nous avons porté sans bruit, avec cette élégance un peu ridicule des gens qui confondent endurance et vocation.
Il y a chez nous une politesse excessive envers la douleur.
Nous l’avons accueillie, servie, écoutée.
Jamais vraiment invitée, mais jamais renvoyée non plus.
…
Puis un jour, sans fracas, quelque chose a cessé.
Pas l’amour. Pas la lucidité.
Juste cette vieille habitude de nous confondre avec la solidité du monde.
Nous ne sommes pas devenus égoïstes.
Nous sommes devenus précis.
…
C’est beaucoup plus dangereux.
Alors nous écrivons.
Non pour guérir — ce serait prétentieux —
mais pour remettre les phrases à leur place,
et rappeler au réel que nous aussi,
nous avons le droit de respirer sans justificatif.
…
Et si cela ressemble à une fuite,
qu’on se rassure :
c’est simplement un départ tardif vers soi-même.