La chronologie des médias, j’ai traité souvent ce sujet dans cette chronique, je vais même dire que mes deux dernières chroniques y étaient consacrées et je ne peux m’empêcher de revenir sur ce sujet.
Je rappelle que la chronologie des médias est un élément essentiel, qui se veut essentiel, qui fait partie de toute une organisation qui fait que le cinéma est une exception culturelle en France et cela depuis que Alain Malraux a été ministre de la culture dans les années 60.
Le cinéma ne devrait pas être considéré comme un produit mais une œuvre en elle-même. Cette mesure repose sur l’idée que la création culturelle ne constitue pas un bien marchand comme les autres et, par conséquent, que son commerce doit être protégé par certaines règles autres que celles de la seule loi de marché.
Là, je parle cinéma mais l’exception culturelle concerne aussi d’autres domaines comme le livre qui bénéficie du prix unique. Il est interdit en France de vendre un livre moins de 5% du prix affiché.
Et ça a marché pour le livre, La France estime que le marché du livre est la première
industrie culturelle.
il existe un large réseau de librairie qui arrivent à tenir face à la Fnac et les
grandes surfaces.
Le secteur emploie environ 12.000 salariés dans 20 000 à 25 000 points de vente de livres (librairies, grandes surfaces culturelles, hypermarchés, supermarchés).
Près d’un livre sur deux est encore acheté dans une librairie indépendante, 40% en grande surface. 15% des ventes se font en ligne. Et Amazon ne représente que moins de 20% de la part de marché sur les ventes en ligne.
Dernière étape de cette exception culturelle : imposer un prix de livraison de 3 euros pour des achats de livres de moins de 35%. Au-delà, cela restera gratuit ou presque, 0.01 euro.
Quoi qu’il en soit, on le voit, le marché du livre se porte assez bien. Même la pandémie n’a pas cassé le marché physique.
Entre parenthèse, certains auraient aimé que ce prix unique s’applique aussi au marché du disque. N’essayez pas de trouver des disquaires, c’est un métier qui n’existe plus. Je le sais, quand je vendais des disques, Auchan était moins cher que mon grossiste. Impossible de tenir.
Mais l’exception culturelle concernant le livre tient car les ventes physiques tiennent face au numérique. Rares sont encore ceux qui lisent des livres sur une liseuse, quelle qu’en soit le type. On préfère le papier à l’écran. Et la fnac est bien présente sur ce marché.
Mais qu’en est-il du cinéma ? C’est un marché qui a d’abord été bien protégé. On allait au cinéma en salle, en France. On regardait la télévision sur des chaines françaises. Tout cela facile à contrôler et facile à taxer.
Qu’en est-il avec le marché ouvert ? Internet ? La loi sur le prix unique est acceptée par l’Europe sur les ventes en France. Et personne ou presque l’imagine acheter un livre en français hors de France. Un livre importé ne peut pas être vendu moins cher que dans son marché d’origine.
Et pour les films ? On s’est habitué à les regarder sur un écran hors salles de cinéma.
Soyons réalistes, en moyenne plus de 90% de l’audience d’un film se fait hors salles de cinéma. Certains ont beau dire que l’expérience de voir un film en salle est incomparable par rapport aux autres écrans, le moindre spectateur sait qu’il est si facile de voir un film chez soi, que le prix d’une sortie pour aller voir un film est très élevé. On dépasse tout de suite le prix d’abonnement à une plateformes de vidéo à la demande.
Depuis la pandémie, on a appris encore plus à apprécier les films chez soi.
Refuser cette transformation du marché est illusoire. Tout comme l’a été le refus de voir le marché de la musique se numériser. Certains préféraient les CD, le vinyle.C’est devenu un marché de niche. Le marché de la musique est désormais numérique.
Il faut désormais adapter notre exception culturelle pour qu’elle continue à aider la création d’œuvres, qui seront vu où les gens le veulent.