Doit-on donner de l’argent à l’Église?
Donner de l’argent à l’Église est-il un devoir ou un choix? Plus qu’une simple question de finances, l’argent est, pour une Église, un outil au service de la mission, de la solidarité et du partage.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent la question à travers des anecdotes, des expériences pastorales et des réflexions bibliques. Ils rappellent que le don ne se limite pas à l’argent : temps, talents et engagement ont aussi leur valeur. L’essentiel demeure de donner avec joie, confiance et générosité.
Table des matières
Transcription:
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, doit-on donner de l'argent à l'Église?
Bonjour Stéphane!
Bonjour, Joan, bonjour à toutes les personnes qui sont à l'écoute!
Ne pas oublier de donner des sous
Alors une fois, on était en vacances, invitées par une amie, une pasteure défunte maintenant, Ursa, formidable pasteure islandaise, et qui avait une sorte de cure en Appenzell.
Alors voilà, on se promène à droite, à gauche en Appenzell, c'était super avec les filles qui étaient petites, et on tombe sur une sorte de chapelle mariale.
Alors la grande, elle laisse ses deux petites sœurs préparer un culte, et là il y avait une statue de la vierge. (je crois que je l'ai déjà racontée d'ailleurs cette anecdote), et c'était trop mignon parce qu'elles ont dit : « oui voilà ça c'est la vierge paix à son âme! »
Et à la fin, on avait à peu près terminé et je crois qu'on était en train de plus ou moins réciter le Notre Père et puis l'une des deux dit à l'autre : « On a oublié les sous! » Et donc soudainement, ils ont dit : « Attendez, il ne faut pas oublier de donner les sous, on continuera la prière après ».
Alors on s'est tous arrêtés et tout, on a cherché dans nos poches, on leur a donné un ou deux petits sous. On les a vus soupirer de soulagement et puis on a terminé le Notre Père, apaisé, parce qu'on avait fait ce qu'il convenait de faire, donner des sous pendant le culte.
Lorsqu’on oublie la collecte durant le culte
Cette anecdote me fait penser à ce qui m'est arrivé au début de mon parcours de pasteur. J'étais encore étudiant, j'avais été invité à faire un remplacement l'été.
Je préside le culte et il arrive un moment où c'est le temps d'un cantique. Alors j'ai dit : « on va chanter tel cantique » et l'organisme ne bouge pas. « Bon, on va laisser le temps à l'organiste de trouver sa page et commencer à jouer ». Elle ne bouge pas.
Elle commence à marmonner quelque chose que je n'entends pas. Je me rapproche et elle dit, c'est en anglais : « the money », « l'argent ». J'avais oublié la collecte et elle avait décidé qu'il n'y aurait pas de cantique tant qu'on ne passe pas le plateau pour ramasser l'argent des paroissiens.
Oui, il y a cette idée que, aussitôt qu'on a un culte, aussitôt qu'on a quelque chose, il faut donner de l'argent.
Demander aux enfants de récolter les offrandes
C'est vrai que finalement, quand tu es une enfant puis que tu vas dans des Églises luthéro-réformées, quel est ton rôle en fait? Enfin, quelle est ta place?
Alors moi, j'avais de la chance dans ma communauté, à partir de 8-10 ans, des fois on te faisait lire la Bible en chaire. Ça, c'est vraiment top. Je n'ai jamais retrouvé ça nulle part. Moi-même, je n'ai jamais réussi à l'implémenter.
Et puis, petit plaisir quand même, on nous proposait de récolter l'argent. J'aimais beaucoup être chargée de la quête. Je faisais partie des élus. Tu regardes les gens avec ton petit sourire et tu te dis : « j'espère qu'ils vont mettre des sous, des pièces ».
Après, tu fais semblant de ne pas regarder, mais tu regardes ce qu'il y a dans la corbeille et tu vas rendre ça devant à l’autel ou à la table de communion. Donc, c'est vrai que j'ai toujours associé ce temps de la quête avec le temps des petits plaisirs.
Et en plus, je ne sais pas, dans ta culture, ça j'aimerais bien savoir, mais dans ma culture d'origine, donc plutôt franco-espagnol, catholique, luthérienne, réformée, dans toutes ces cultures-là, il était d'usage de donner une pièce à l'enfant pour que l'enfant puisse mettre ça dans la quête.
Et donc c'était toujours ce petit plaisir qu'on te donne, un petit sou qui t'appartient juste une micro-fraction de seconde, ou bien on te le donne au début, puis du coup tu joues avec, tu tripotes, tu montres aux autres pour frimer, tu le fais tomber, tu fais du bruit, on te regarde, tu remets dans la poche. Et puis après arrive ce panier, très excité, tu dois retrouver cette pièce.
Mais j'ai que des souvenirs hyper sympas de la quête en tant qu'enfant.
[Stéphane] Moi, je ne sais pas si c'était vraiment une culture ou parce que ma mère voulait me garder sage pendant la messe. J'avais une pièce à mettre dans le panier.
Ça se faisait beaucoup dans l'Église Unie auparavant. Ça se fait moins parce qu'on a remarqué qu'il y a des enfants qui n'avaient pas un sou à mettre parce que les parents étaient en difficulté financière. Et on a essayé de réduire ce stress-là pour les enfants. « Ah oui, Michel n'a pas de sou, gnagnagna ». Donc, on essaie de faire attention à ces choses-là.
* Photo de Michael lima, unsplash.com. Utilisée avec permission.
Préparer son don à l’Église
C'est pour ça que, à la fois, j'aime beaucoup le fait qu'on suit Twint, une application où on met des petits sous. À la fois, je comprends tout à fait le concept des paniers connectés. C'est un panier, puis avec dessus, effectivement, une application ou bien même carrément un lecteur de cartes ou comme ça.
Et en même temps, j'adore cette idée de venir avec ses sous, de se préparer pour y aller, d'avoir déjà la somme qui est prête, peu importe la qualité du lieu, que ce soit le chauffage, la fraîcheur, le sermon, la longueur, etc. Mais de se dire de toute façon je vais mettre une somme et je la tiens prête là.
Donc voilà, moi j'aime bien aussi ce concept de venir avec des sous de façon un peu gracieuse et pas en fonction d'eux. Même si la réalité nous montre que quand on fait un appel à dons pendant le culte, et selon la cause, on va avoir plus ou moins d'argent. C'est quelque chose d'assez épatant.
La réalité nous dit que souvent quand c'est une cause connue des gens qui leur est proche, le toit de l'église, la rénovation du cimetière, ça va marcher un peu mieux que d'autres causes qui leur sont plus lointaines.
Alors c'est à prendre en compte finalement parce qu'il y a ce distinguo à faire entre donner à Dieu et donner à l'Église.
C'est vrai que l'Église c'est une institution, Dieu c'est plus vaste que ça. Et en même temps, l'Église, c'est la Missio Dei. C'est la mission de Dieu, jusqu'à ce qu'on trouve d'autres formules de Missio Dei. Mais il y a ce distinguo qui m'intéresse aussi un peu.
Le défi de donner de l'argent dans les Églises
Il faut faire attention. Oui, comme tu l'as dit, il y a le don à l'Église, il y a le don pour Dieu. Je comprends qu'il y a certaines personnes, mettre un billet dans la corbeille, dans l'assiette, c'est très significatif, ça leur parle beaucoup.
Il y a d'autres personnes qui sont venues me voir durant mon ministère qui m'ont dit : « Mais il n'y a plus personne qui a de l'argent liquide ».
C'est vrai. On dit aux personnes âgées : « Utilisez vos cartes bancaires. Utilisez vos cartes de crédit. N'amenez pas de l'argent comptant sur vous lorsque vous sortez de la maison. C'est plus sécuritaire ». Et là, on arrive à l'Église : « Ah, mais là, c'est juste de l'argent comptant ». Il y a un peu une déconnexion. J'ai essayé de trouver des formules en paroisse pour essayer d'inclure tout ça.
Et une chose qui m'a vraiment marqué, c'est un ancien pasteur à la retraite qui m'a expliqué qu’au cours de sa vie, il a pris plein de décisions pas toujours heureuses et il était complètement fauché. Mais il venait à l'Église et il chantait dans la chorale.
Il m'expliquait que lui, il n'était pas capable de mettre des sous dans l'assiette. Mais chaque semaine, il se reconsacrait à Dieu pendant ce moment-là. Et là, ça me fait beaucoup réfléchir.
Est-ce qu'on est là pour recevoir de l'argent ou est-ce qu'on est là pour recevoir les dons des personnes? Que ce don soit monétaire, des arts ou de la prière, comment pleinement trouver de bonnes formules pour expliquer ça? Toute cette idée d'argent devrait s'inscrire dans quelque chose de plus large, je crois.
Donner de l'argent avec joie
Et c'est pour ça que j'aime les formules liturgiques qui nous incitent à donner avec joie. Donner avec joie, c'est un petit peu cette notion de ce qui n'est plus dans ma poche, plus sur mon compte, ce n'est plus à moi, c'est donné. C'est donné, c'est offert, c'est parti. Et les gens en feront bon usage en fait.
Je peux faire confiance à l'intelligence collective, à la gestion de nos Églises, je peux faire confiance aux uns aux autres pour bien gérer cet argent que j'ai donné effectivement pour cette Église universelle qui dépasse juste ma personne ou bien ce que moi je ferais de différent ou de mieux avec cet argent.
Et puis, cette idée de la dime, en fait, c'est prélever ce 10% de ta récolte, de ton surplus, pour le rendre, alors en l'occurrence le partager quand on fait des appels à dons, etc., ou en faire un compost, un terreau pour la prochaine récolte.
L'autre jour, j'étais un peu inquiète parce que j'ai dit à mon mari : « oh là, là! On ne mange pas les fruits qu'il y a sur l'arbre ». On n'arrive pas bien à les manger, à les digérer. Ce sont des races très anciennes, des arbres qui ont vieilli avec des fruits très piqués. Il faudrait qu'on fasse beaucoup de temps et d'épiauter pour ensuite les faire cuire longuement. On n'est même pas sûr d'arriver à digérer tout ça.
Et puis il me dit : « mais je ne sais pas pourquoi tu t'inquiètes, parce que tu sais, ça va être mangé par les oiseaux, ça va être mangé par les vers de terre. En fait, c'est la nature, ça retourne à la nature ».
Puis alors, je me dis, finalement, c'est un peu pareil. Il ne faut pas que je m'inquiète. Une fois de plus, ce que je donne, je donne. C'est parti quelque part.
Et puis, de toute façon, si on récolte de façon trop mécanique, si j'étais là en train de vérifier comment chaque scène, chaque truc est utilisé, il n'y aurait plus rien à glaner. Il n'y aurait pas une place pour les interstices.
L'autre fois, c'était hyper chou, on habite en campagne et puis il y avait un petit garçon qui glanait dans un champ et son papa le supervisait un peu. Je lui ai dit : « Ah, vous lui enseignez à glaner? » Il m'a dit : « Bah oui, nous, on est d'ici. On est en campagne. On a toujours glané. Ce qui reste, un peu, on glane ».
Et je trouve tout ça, ce sont de belles métaphores, elles sont bibliques et puis elles peuvent fonctionner avec l'argent.
Pour moi, l'argent n'a de sens que s'il circule, surtout en Église. Les comptes bancaires qu'on garde à droite à gauche, dans des institutions, des fondations, des paroisses bien remplies là, et qui prennent de l'épaisseur au fur et à mesure des années grâce à des placements juteux, ça me semble toujours un peu suspect.
Je sais que c'est biblique aussi, que ça porte du fruit. Mais à ce point-là, cet attachement, quand ce n'est plus un moyen, quand c'est un but, ça me pose question en fait.
Donner de l'argent pour le ministère
C'est quelqu'un qui m'a appris qu'on récolte de l'argent pas pour boucler le budget, mais pour faire du ministère. C'est ça l'objectif.
On veut faire du ministère, qu'est-ce qu'on a de besoin? Une des choses qu'on a besoin, ce sont des sous, comme on a besoin de bénévoles souvent, comme on a besoin d'un toit au-dessus de notre tête. C'est vrai qu'on n'est pas toujours très bon pour présenter ça aux gens.
Le cliché que j'ai rencontré, c'est la présentation budgétaire à une paroisse lors de l'assemblée annuelle. Oh! C'est souvent très pénible! Oui, on veut savoir que l'argent est bien géré, mais c'est long; c'est mortel. On y va ligne par ligne. Là, il y a quelqu'un qui lève la main. Pourquoi on a mis 5 dollars de plus ici pour le téléphone que l'an dernier? Et ça s'étire. Et on a de la difficulté à voir, mais quel est le but de tout ça?
J'avais vu une vidéo, peut-être la meilleure présentation de « pourquoi donner ». C'est une vidéo de cinq minutes qui défilait toutes les activités de l'Église et à la fin quelqu'un lui dit voilà ce que votre argent a permis cette année, voici pourquoi nous aimerions que vous continuiez à donner.
C'était tout simple. C'était facile à comprendre. Oui c'est important de bien balancer le budget puis de respecter les normes comptables et tout ça. Mais souvent ces gens veulent savoir, comme tu as dit, est-ce que ça va servir. Est-ce que ça va porter fruit? Est-ce que ça va nous redynamiser? Est-ce que ça va nous amener ailleurs? Et ça, je pense qu'on a de la difficulté à le communiquer.
Les différents systèmes de rémunération des pasteurs à travers les Églises
Une fois j'étais au Bénin pour le culte de fin d'année, le culte de fin d'année civile, pas le culte de fin d'année liturgique, avec ma collègue Fidèle Fifamè Hossou Gondonou, et puis c'est hyper intéressant parce qu'ils font le bilan de l'année, et donc elle s'est mise à faire exactement ce dont tu parlais, elle a pris ligne par ligne.
Bon, les gens suivaient assez bien et à un moment donné, elle dit : « et j'ai honte. Ah, j'ai honte », elle dit. Alors, tout le monde écoute, elle a su comment réveiller l'attention, tu vois. Elle dit : « là, on a une ligne budgétaire pour famille, enfance, jeunesse et on n'a rien utilisé, on n'a pas de programme ».
Puis, c'est incroyable, il y avait environ… à la fin, parce qu'au tout début il n'y avait personne, puis à la fin, vers minuit, environ 150 femmes et 300 enfants. C'était incroyable, il y avait des petits partout, partout, partout. Il y en avait qui s'étaient endormis sur des paniers.
Et donc je me dis, ah oui, c'est vrai que vu la sociologie de cette paroisse où il y a surtout des femmes et des enfants, aucun argent n'a été dépensé en famille, enfants, jeunesse. A priori, sûrement parce que tout le monde a contribué. Puis, elle a dit : « j'ai honte, puis je me repentis devant vous. Et puis on doit faire quelque chose à ce sujet ».
Je me suis dit, ça c'est bien. Ça c'est catchy. Ça change un peu, au moins d'avoir cette grande repentance publique.
Bon, blague à part… Moi, c'est vrai que j'ai connu quatre systèmes différents de rémunération des pasteurs et des Églises dans ma vie professionnelle.
D'abord le même que toi, lorsque je travaillais pour la mission. C'était les dons des gens. Pendant longtemps, je travaillais pour 750 euros par mois. Ça a duré 6 ans. J'ai cherché moi-même mes fonds.
Après, j'ai connu le système de l'UEPAL. L'UEPAL, on est affilié fonctionnaire et on est payé par l'État. J'ai connu ça pendant trois ans.
À Zurich, j'ai connu le système où c'est l'impôt d'Église qui donne de l'argent à la direction d'Église qui ensuite redonne ça aux différentes paroisses, les communautés, en fonction du nombre de personnes affiliées. Donc moi, j'étais payée par la communauté directement parce qu'elle avait reçu un subside.
Et puis là, maintenant, je suis dans le canton de Vaud, où c'est l'Église qui reçoit une enveloppe budgétaire et qui rémunère directement tout le monde depuis la direction d'Église. Donc là, j'ai connu tous ces systèmes-là.
Je n'arrive pas à savoir lequel est le meilleur. Franchement, je n'en ai aucune idée. Je sais que j'étais très, très mal payée dans le premier. Mais j'ai aussi assez visité des Églises sœurs pour mesurer ce que ça signifie de ne pas avoir d'aides de l'État, de ne pas avoir de l'impôt du tout, de ne pas avoir d'autonomie financière.
Je vois aussi que plus on met en place des systèmes comme à Zurich. Moi, j'étais employée directement par la paroisse, où il n'y a pas de tiers. C'est plus complexe pour les gens dans leur indépendance, autonomie, liberté intérieure. Donc, c'est important quand même qu'il y ait des institutions, au moins pour les professionnels d'Église.
Et en même temps, tant qu’il y aura des institutions, ça va coûter plus cher, tout ça, à entretenir. Je comprends très bien les gens qui disent : « ouais, c'est vraiment l'intermédiaire », mais en fait, pour l'avoir pratiqué, c'est mieux pour la sécurité de l'emploi. Donc moi, je réfléchis un peu avec tout ça et puis ça me donne du grain à moudre un petit peu.
Les limites imposées par les donateurs
C'est sûr que de ne pas être associé d'une manière ou d'une autre à l'État, ça donne un peu plus de liberté. C'est toujours gênant de mordre la main qui nous nourrit, d'être une Église qui prend position peut-être contre un gouvernement ou qui, bon, va prendre quelque chose de courant ici, contre l'immigration, contre les réfugiés. L’Église, peut-être, si on est associé à l'État, va avoir une gêne à se prononcer.
Donc, ne pas être lié, ça donne beaucoup de liberté, mais c'est ça en même temps, on vit des dons des gens. Et faire attention, j'ai vu ça, certains riches donateurs avaient un meilleur accès au pasteur ou ils pouvaient en imposer plus dans la paroisse, la voix portait plus fort, même si ce n'était pas toujours la plus grande sagesse.
Il y a quelque chose qui est débalancé très rapidement si on n'est pas conscient, si on ne fait pas attention.
Partager ses richesses
Pour moi, la première question à propos de l'argent en général, c'est est-ce que je partage mes richesses quand j'en ai? Je me mets vraiment souvent face à moi-même à me demander si je suis dans une attitude de partage ou dans une attitude seulement de capitalisation. Comment est-ce que je fais avec l'argent en fait?
Parce que l'argent, c'est un don pour moi de Dieu. Et l'argent, comme je l'ai dit avant, ce qui est intéressant, c'est quand il circule.
Alors des fois, il y a un altruisme un peu fiscal. On donne à telle ou telle cause parce qu'en fiscalement parlant, ce sera intéressant à la fin de l'année.
D'autres vont donner pour des raisons morales. Moi, je connais des gens qui ne sont pas du tout pour l'accueil des migrants ou comme ça, mais qui vont quand même donner dans des programmes d'aide aux autres qui ne sont pas de chez eux parce qu'ils disent que moralement, il ne faut pas quand même que ces gens soient trop maltraités. Voilà, il y a une question un peu morale.
Après, il y a aussi des gens qui donnent de façon hyper altruiste. D'ailleurs, il existe même des maladies, je crois. Je ne sais pas si c'est un manque d'une protéine de ceci ou de cela, ou de gens qui sont hyper altruistes parce que c'est un dérèglement hormonal ou quelque chose. Ce n'est pas une majorité, mais il y a des gens comme ça qui donnent tout. La moitié de leur chemise, comme Saint-Martin.
Et puis parfois, c'est du lobbying. On a une cause, on y croit et on se dit que cette cause-là apporte plus de bien que de mal. Justement, comme tu dis, on a fait l'équilibre, on a fait ça peser d'intérêts. Il peut y avoir des spectres très, très larges de lobbying dans lesquels on participe.
Moi, je trouve que tout ça, c'est bon et normal. Et j'ai un petit peu l'impression que, bible en main, on voit qu'il y a plusieurs façons d'aborder les richesses. C'est vrai qu'il y a toujours ce côté très radical de Jésus où on voit qu'il n'est pas riche, qu'il n'est pas attaché à ça, qu'il ne s'intéresse pas du tout à ça, qu'il n'a souvent pas un sou dans sa poche.
Et alors on se dit, est-ce que moi je vais atteindre cet objectif? Est-ce que l'Église doit atteindre cet objectif?
Et en même temps peut-être que c'est quand elle sera pauvre qu'elle sera enfin complètement déchargée de toutes les loyautés dont tu parlais. Moi je navigue un peu avec tout ça, j'essaye de trouver le positionnement qui me semble le moins confortable.
Présence de l’argent dans la Bible
C'est vrai qu'il y a une relation un peu trouble entre religion et argent et c'est présent dans nos bibles. On a Matthieu qui était un collecteur d'impôts, on a Jésus qui dit rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. On ne peut pas servir deux maîtres, Jésus qui chasse les vendeurs du temple parce que c'est devenu un repaire de voleurs.
Mais en même temps, cette réalité était là au temps de Jésus. Ce n'est pas une invention du capitalisme du dernier siècle. En Jean 13, Judas était celui qui tenait la bourse. Bon, ça veut dire qu'il y avait une bourse, ça veut dire qu'il y avait quelques sous. Même si Jésus n'était pas riche, il devait aller souvent acheter des trucs.
Oui, je pense que tout le monde aimerait ça de vivre dans un monde de licornes où tout est gratuit, tout est partagé, tout est merveilleux. Mais je crois que tant ou si longtemps qu'on ne sera pas capable de s'extirper du capitalisme, de cette façon de concevoir le monde, de cette façon d'organiser le monde, on est condamné à évoluer dans ce système-là, pas nécessairement de l'accepter, mais oui, il faut payer les gens.
Oui, il faut payer pour chauffer nos bâtiments. Oui, on a besoin d'argent pour ci, pour ça. Alors, quelle est la situation la moins pire? Comment qu'on trouve un équilibre là-dedans?
Ce n'est pas facile parce que ce qui se passe à l'extérieur de l'Église influence notre façon d'être à l'Église.
La solidarité financière entre les Églises
C'est un peu la raison pour laquelle j'aime que les Églises s'engagent dans des relations de solidarité avec le reste de l'Église, ce qu'on appelle un peu l'Église universelle. Pour moi, c'est un garant que nos Églises ne soient pas tournées vers elles-mêmes, mais qu'elles se considèrent ensemble faire Église et qu'elles réalisent que leurs difficultés sont toutes relatives par rapport à celles des autres. Et vice versa, on s'en fout.
Sinon, on a des difficultés. Il n'y a pas eu assez d'enfants, de jeunes et tout. Là où ma collègue, tu vois, elle en avait tellement, mais elle ne savait pas trop quoi en faire parce qu'il n'y avait pas de programme pour eux.
Et en fait, on peut tout simplement remarquer que les uns avec les unes et les autres, et on est un peu complémentaires sur plein de sujets.
Comme je disais, dans ma mission, surtout avec l'Afrique, mais aussi bien sûr avec l'océan Indien, la Polynésie, enfin voilà, Haïti, etc., j'allais chercher moi-même mes financements et les financements de mes projets.
Ça, ce n'était pas le job de mes partenaires. Mes partenaires avaient plein d'autres jobs sur place qui étaient assez compliqués pour eux et dangereux. Aller visiter les bibliothèques, s'assurer que les conteneurs arrivaient, prendre soin des personnes du bibliothèque, c'était déjà beaucoup de boulot. Moi, mon job, c'est parce que c'était plus facile pour moi d'aller chercher des financements que pour eux.
Et puis des fois, il se passait des choses assez ubuesques et vraiment très cool, un peu extravagantes, comme ça, comme la foi où des Églises coréennes.
Donc, des Églises qui avaient été plantées il n'y a vraiment pas longtemps par des Occidentaux, me payaient pour que je fasse correctement la mission en Afrique et que j'aille dans leur propre base missionnaire, puisqu'ils ont des bases missionnaires en Afrique pour achalander un peu leurs bibliothèques en ouvrages de théologie, en ouvrages bibliques en français.
Il y avait une espèce de circularité assez dingue. Tu diras maintenant c'est les Églises coréennes qui financent une association franco-suisse pour qu'elles aillent s'occuper des bibliothèques de formation de pasteurs de leurs propres implantations missionnaires en Afrique.
Et puis bientôt ça va peut-être être l'inverse en fait. Voilà, parce que moi, je crois toujours assez fort qu'il y aura un boom du continent africain.
Et donc voilà, j'aimais bien que des Églises plantées par des missionnaires me financent maintenant et que j'ai une ligne budgétaire, qu'il soit financement des églises coréennes dans mon budget annuel. Je me disais, ça, c'est une belle circularité.
Alors, tu parlais des dons et des charismes. On a parlé du caractère complémentaire, on a parlé de la joie de donner.
Maintenant, je pense aussi à la circularité de cet argent, que cet argent circule entre nos œuvres, nos églises et puis aussi bien sûr les autres associations, les autres mouvements du monde civil, que ça circule et que ça fasse grandir partout la justice, le bien et puis tout simplement la santé des gens, qu'elles soient physiques, morales, spirituelles, psychiques, etc.
Ouvrir la porte à la générosité
Pour plusieurs, ce que tu as fait, c'est quémander. Donnez-moi de l'argent, donnez-moi de l’argent, donnez-moi de l'argent.
J'ai lu un excellent article qui renversait un peu cette vision-là, qui disait, lorsqu'on présente notre projet, c'est un peu comme on ouvre la porte. Et la pression n'est pas nécessairement sur la personne qui présente, mais un peu sur l'Esprit-Saint, dans le sens où on offre la possibilité d'être généreux. Et ensuite, c'est l'Esprit saint qui travaille et c'est la personne qui décide si elle est généreuse ou pas.
Et moi, ça m'a aidé parce que ramasser de l'argent, c'était sur mes épaules. Mais lorsqu'on pense que je n'ai pas le contrôle nécessairement sur comment l'autre personne va réagir, Ok!
Il faut faire confiance que les gens vont voir cet argent-là comme un outil. C'est un exemple que j'utilise toujours. On peut prendre un marteau, on peut construire une maison ou je peux le prendre et défoncer le crâne de quelqu'un. Mais l'outil est neutre. L'outil ne me dit pas quoi faire et je vois ça un peu la même chose, l'argent.
Je peux utiliser l'argent pour contrôler ou je peux permettre d'autres choses que peut-être que je ne verrai pas, mais j'ai confiance que quelque part, les moins nantis vont avoir quelque chose, que les personnes oubliées par notre société vont avoir quelque chose.
Donc, il va y avoir une espèce de grand ré-équilibrement.
Conclusion
Alors, si on reprend notre question de base, doit-on donner de l'argent à l'Église? Bon, écoutez, faites vraiment comme bon vous semble, ce qui vous semble bon et juste.
Et normalement, le reste suivra, découlera. Et puis peut-être que vous avez des anecdotes de moments où vous avez donné de l'argent, vous l'avez regretté ou bien vous avez donné de l'argent à une œuvre qui n'a pas fonctionné, malheureusement, ou l'inverse. Vous êtes super content d'avoir donné de l'argent ou contente pour un projet qui vous semble hyper porteur et qui vous a nourri au passage.
Alors tout nous intéresse, écrivez-nous, tenez-nous informés sur ces questions d'argent qui sont assez délicates en Église.
Écrivez-nous à questiondecroire@gamail.com.
Merci Joan. Merci à l'Église Unie du Canada, notre commanditaire, qui nous permet de continuer.
N'hésitez pas à laisser un commentaire, un pouce en l'air, peu importe la plateforme, abonnez-vous si ce n'est pas encore fait parce qu'on a beaucoup d'épisodes, puis vous pouvez tout rattraper ça totalement, gratuitement, Bonne semaine, Joan. Porte-toi bien.
À toi aussi. À bientôt.
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