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Description

Camille de VILLENEUVE, docteur en philosophie, maître de conférences aux Facultés Loyola Paris. Auteur de Vierge ou mère – quelles femmes veut l’Église catholique (éditions Philippe Rey)

Frère Renaud SILLY, dominicain, a dirigé le Dictionnaire Jésus rédigé par les chercheurs de l’Ecole biblique de Jérusalem (éditions Bouquins)

En ce jour du 8 décembre, l’Église catholique célèbre l’Immaculée Conception, dogme selon lequel la Vierge Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de son existence. Proclamé en 1854 par le pape Pie IX, cette vérité s’enracine dans des siècles de réflexion et aussi de piété populaire. Dès le Moyen Âge, théologiens et mystiques débattent de la possibilité pour la Vierge Marie d’avoir été, par une grâce particulière, totalement préservée de la faute originelle décrite par la Genèse. Cette idée visait à souligner l’unicité de celle qui devait porter le Christ. Il s’agissait de rappeler que le salut annoncé par Jésus s’appliquait d’abord à sa propre mère, par anticipation. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue avec une autre notion théologique, la conception virginale de Jésus. L’Immaculée Conception concerne Marie elle-même. Cet événement touche ses parents, Anne et Joachim, et non la naissance de Jésus. À l’inverse, la conception virginale de Jésus renvoie à la naissance du Christ, Jésus ayant été conçu par l’action de l’Esprit Saint, sans union charnelle, dans le sein d’une femme demeurée vierge. Ce mystère, qui se rapporte directement à la personne de Jésus, est célébré lors de l’Annonciation, le 25 mars. En résumé, l’Immaculée Conception parle de la pureté spirituelle (dès sa conception), tandis que la conception virginale de Jésus désigne la pureté corporelle (avant, pendant et après la naissance du Christ). Bien que l’Immaculée Conception soit un dogme, des questions demeurent : Si Marie est préservée du péché originel, a-t-elle encore besoin d’être sauvée par le Christ ? La formule « sauvée par anticipation » n’est pas toujours intuitive. Si Marie bénéficie d’un privilège unique que Dieu ne donne à personne d’autre, cela peut susciter un sentiment d’incohérence dans l’universalité du salut. Pourquoi certains grands théologiens, dont Thomas d’Aquin, n’y adhéraient-ils pas ? La position dominicaine est que Marie est sanctifiée, mais non immaculée dès sa conception. Si Marie n’a jamais contracté le péché originel, alors elle n’a pas besoin d’être sauvée par le Christ. Selon eux, tous les humains, Marie comprise, doivent être sauvés par le Christ. La position franciscaine consistait en la préservation absolue de Marie dès sa conception. Leur argument clef, formulé par Duns Scot, est que Marie a été sauvée par le Christ « par anticipation » : non pas délivrée d’un péché contracté, mais préservée de le contracter. Parallèlement, l’idée d’une femme « sans péché » risque de renforcer des représentations idéalisées ou irréalistes de la féminité. Et surtout : que vaut le oui de Marie si elle n’avait pas la possibilité de dire non ?

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