Hermine Bourdin
Fragments de Vinča
Nouvelle Création 2025
Sculpture hybride, fragment de céramique Vinča, grès, dimensions variables
Courtesy galerie Julie Caredda
À partir d’un fragment de figurine Vinča, daté de plusieurs milliers d’années, porteur d’absence et de brisure, Hermine Bourdin compose une œuvre à rebours de toute restauration. En lieu et place d’une reconstitution, s’impose la prolifération. Chaque prolongement devient une hypothèse formelle, une échappée vers un devenir incertain.
Le fragment archéologique, ici, est activé comme un générateur d’altérités sculpturales, à la manière d’un cadavre exquis minéral. La mémoire, lacunaire, se connecte à un imaginaire en expansion : c’est une archéologie intuitive, non linéaire, qui rejoint les perspectives spéculatives du Symbiosium.
Inspirée par les recherches de Marija Gimbutas et par les spiritualités pré-patriarcales, l’artiste ne voit pas ces figures néolithiques comme des vestiges figés, mais comme des matrices vivantes, en perpétuelle métamorphose. Fertilité, dissolution, pulsation : autant de forces qui traversent ces formes ouvertes. Loin d’une approche muséographique,
Hermine Bourdin mobilise la matière comme une entité vibrante, où les pleins, les vides et les courbes donnent corps à une mémoire souterraine, insaisissable.
Fragments de Vinča ne propose pas un retour aux origines, mais une reconfiguration sensible du rapport au féminin, au sacré, au vivant. En travaillant ces figures archaïques
comme des langages en mouvement, elle redonne souffle à des récits étouffés, réinvoque les puissances oubliées d’une Terre habitée autrement. Un geste sculptural qui opère depuis les seuils — entre archive et invention, entre ce qui fut et ce qui insiste encore.