30 jours de confinement
Le 28ème a été sanglant
Parler simple, parler franchement
Je suis professeur de français
Adil était un de mes élèves
Il a été renversé par la police
Ce journal est trop prolixe
Et certainement trop policé
Je suis sorti de mon confinement
En apprenant sa mort
Pour moi il n’y a plus de confinement
Possible
Ni même d’anti confinement
C’est fini
Wajdi, c’est la fin de la récré
Les gyros ont sonné
Il y a son corps sur la chaussée
Et ce journal qui va cesser
EPILOGUE
On peut retourner les choses
Dans tous les sens
Et épiloguer
Faire passer ça pour un accident
Trouver des excuses
Avec ou sans casque
Confiné ou non
Fuite ou poursuite
On connaît la suite
Le résultat est le même
Il est partout pareil
Un gamin est mort
Parce qu il a eu peur
Tué par une police
Payée pour protéger
Mais qui l’a renversé
Pas envie de le décrire
De verser dans le macabre
Et le sentimentalisme
Bien sûr, il avait un grand sourire
Des yeux rieurs, des yeux d’enfants
Putain, il avait 19 ans
Pas envie de choisir un camp
De trouver des explications
De dénoncer un système d'oppression
De répondre aux néocolons
Envie de silence, de se taire
Mais il faut encore parler
Une dernière fois
Avant de pouvoir le faire
Faire le deuil, impossible
Encore moins en confinement
ENTERREMENT IMPOSSIBLE
Envie de trouer le confinement
De rouler en scooter comme Adil
En criant
On se tait mais on n’oublie pas
Sous le masque
La rage on la conserve
Elle ne se tarit pas
Le confinement est un luxe
Que tu peux te payer
Quand tu ne manques pas d’argent
Les médisants se payent le luxe
De pouvoir être ignorants
Stupides mais surtout innocents
Combien écrivent depuis
Leurs résidences secondaires?
Ont rompu le confinement pour un peu d’air?
Ton privilège tient au fait
D’avoir déchiré le périnée de ta mère
Au bon endroit
La nouvelle frontière s’est déplacée
Des côtes de la Grèce à ton domicile privé
Lesbos commence désormais à la porte de ton foyer
Ton épiderme est la nouvelle frontière
Le nouveau Lampedusa est ta peau
Calais t’explose maintenant au visage
Ton masque est la nouvelle frontière
FRONTEX, NEW BODER
Ta police protège ton air
C’est tout ce qu’il te reste
L’espace entre ton masque et
Ta bouche qui expulse l’air
Rance de ta rancune
MAINS EN L’AIR
N’AIE PAS PEUR
Sans rancune
BAS LES MASQUES
BAS LES FRONTIÈRES
Mythe du sauvage et du civilisé
Rejoué à l’échelle intra-communautaire
Émeutes et pagaille
L’occasion est trop belle d’ériger
Cette jeunesse en racaille
Pour mieux s’en distancier
Non, on ne répondra pas
On ne rendra pas les coups
On les encaissera
LA RAGE AU VENTRE
On la gardera
En temps voulu elle servira
Nous
Sommes de l'autre côté
Du trottoir
On compte les sommes
On calcule pas les khenez
Tu ne nous comprends pas
C’est voulu khene
Mauvais shit
Coupé avec du henné
Pas du côté des rageux
Pas du côté de la police
Pas du côté des khaineux
En face sur le trottoir
Du côté des khesseux
Pas sur le même territoire
On te croise, on te toise du regard
On met la capuche et
On se barre
Les apparences sont trompeuses
L’Etat nous a trompé
Nous, on sait nous qu’on
Est du côté de la vie
Pas de la visière et du képi
De ceux qui ont le sourire
Et qui ont fait sourire
Adil
Adama
Amine
Et Samir
La liste est longue
Comme Adil ils sont mille
Chacun est unique
Derrières les voiles
Des idées ils, elles
En ont milles
Adil je ne lui ai rien appris
Il savait déjà tout
De la joie, de la haine, du mépris
Je ne suis pas Adil
Mort une nuit d’avril
Je suis l'arme dérobée
A la police caillassée
Et déchargée en l'air
Cri de désespoir
Quand il faudrait se taire
Je ne suis pas Adil
Je sais trop bien oú il est
Il est parti trop tôt
Il repose en paix
Adil était beau
Il était puissant
Allah y rhamo
Adil
C’était des yeux d'enfant
Souriants