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Description

"On m’escorte vers une salle
Anonyme et grise
Derrière la porte de laquelle
Je pèserai le pour le contre
De la fantaisie
... rouge d’ici-bas

La chasse à l’homme
étant résolue
J’envisage les conséquences
De ma réussite
appelée un massacre
À la une des journaux
Bien qu’aucun témoin
n’ait survécu
Mes empreintes
sur l’arme du crime

Je vais tout avouer
en bloc
Lors de
la relecture
Des chefs d’accusation
Acculés à ma porte
On m’enlève les menottes
Puis ils sortent
sans claquer la porte

Enfin seul

Je masse mes poignets
Las, fatigué mais serein
Syncope de dire aux poings
Fourrageant entre les verres de styromousse
Et des mégots écrasés sur la table

J’approche une feuille blanche, un stylo
Une mouche s’éloigne d’une chaise
Contemplatif je m’y assois
Ne peux plus nier

Tête renversée, les bras en croix
Je ne pense à rien, en admirant le plafond
Mon visage d’un coup sec se fronce
Mon esprit se contredit
Je pouffe de rire…

La chaise rebascule sur ses quatre pattes
Mes chaussures claquent contre le carrelage
Le léger ricanement m’émoustille

Car seuls mes aveux me séparent
De la dernière issue de secours
Si largement ouverte
Chose inattendue :
Les secondes passent tels de fins traits
À la lame de rasoir sur le torse

Je suis rechargé à bloc
Haussant les épaules, suivi d’un long soupir
Des larmes coulent sur mes joues
Refrénant ma joie, j’écris :

QUAND ON NE PEUT PLUS VIVRE
IL EST DIFFICILE DE NE PAS TUER!

En caractères détachés
Dans le gras de la page

Résigné, le dos voûté
Armé de mon seul siège
J’éteins l’interrupteur sans ciller
Je me loge à gauche derrière la porte

Tapi contre le mur, j’inspire à tout rompre
Soulevant la chaise à bout de bras
Je hurle :

AU SECOURS!!!

Seul dans le noir
D’une salle d’interrogatoire."

Adapté de: Daniel Guimond, in LES ALENTOURS,
Écrits des Forges, Qc, Canada
ISBN : 2-89046-446-6
PUBLICATION : 1997-01-01