texte : Piotrevski
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narration : Nina louVe
(extrait)
Il n'était pas question que j'en sois. Je ne ferais pas partie de ce clan. Je ne serais pas un salaud.
Ils avaient élevé un chien pour attaquer les chevelus et les nègres. Ce sont leurs termes. Je te jure que c’est vrai. Ils le lâchaient dans la rue, l'air de rien, quand ils voyaient "un specimen". Ce sont leurs termes. Ils trouvaient leur identité contre celle des autres, bien incapables d'en construire une par eux-mêmes.
Je les trouvais beaux, moi, ces gens de côté. Les fleurs, les cheveux, la danse, la fumée, la solidarité, les fringues élégantes. Ils ne se glorifiaient pas de leur souffrance, ils ne s'en faisaient pas des dieux, ils traitaient le monde avec distance, avec respect, ils ne se flagellaient pas, ni à palabrer ni à geindre ni à plaindre les plus faibles ni à les tourmenter. Je trouvais ça chaud, moi, mes poteaux, mes enfants fleurs. Je laisserais les fous se bouffer, se mordre, s'assommer en choeur. Nous, on vivrait sans remords. On aimerait sans frais de port. On aurait pas peur. Sans y penser. Vivre, mourir, en paix, serait notre dignité.
On m'avait dit: tu ne seras jamais rentier, on te déshéritera, si tu continues de refuser on va te casser. Tu seras seul. A quarante ans, ce sera mons drôle, les femmes aiment l’argent, le confort, comment vivre sans femme, ni confort ni famille... Le niveau de leur questionnement m'a toujours effaré. C'est dire le niveau.
Sans famille. Cette ordure.
T'as tout pour sauf que t'es trop buté. Tu perdras tes dents, tes amis, tu dormiras dehors, assisté dépendant
c'est ce que tu veux ? T'as pas de dignité ?
tiens, mange
des vitamines
des oranges
mon ami
me disait l’édenté
je me verrais matin
j'aurais bonne mine
je regarderais, apaisé, éthéré.
ma joie, ils me la feront payer
j'avais pas cru qu'ils nous jetteraient
je disais: pas nous, c'est pas possible, je suis bon, je les aime
pas cru mon georges ni mon léo ni mon boris
voulais pas croire que ces bonnes gens
manquaient à ce point d’humanité, d'imagination
oooooooh oui
les placards de leur vacuité
foutrement certains de posséder leur destin
La Vérité: leur souffrance.
me le faire payer
très très chers…
Tu suis le mouvement ou tu déguerpisses
Glapissent-ils, on te faira boire ta pisse
morveux, c'est l'armée qu'il faut, métisse
pour t'apprendre à vivre mieux
le vieux la vieille les génisses géniteurs éducateurs
ces caves s'octroient
de force et de fait
pouvoir sur ta pomme
parce qu’ils sont là
Te faire à leur image : raide, rigide, aigri
Ya pas d’raison qu’y ait qu’eux qu’en bavent
TU PLIES OU TU TE BARRES
OU ON TE CASSE
TU PAIERAS TA MUTINERIE
GROS DEGUEULASSE
MES TRES TRES TRES CHERS... COMPATRIOTES.
EH BIEN, VOUS SAVEZ QUOI ?
JE NE VOUS EN VEUX NI NE VOUS PLAINS
J'AI DES AMIS DANS LES BOIS
QUI N'ONT NI LOI NI FOI NI ROI
ILS ONT L'AIR AFRICAIN SOUS-MARIN ANODIN
ILS VOUS VALENT MILLE FOIS