Une formidable occasion manquée. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier
l’épisode de la démission du Maire de St-Brévin-les-Pins. Une formidable
occasion manquée d’alerter et d’agir contre la menace que représente la montée
de l’extrême droite en France.
Petit rappel des faits : le 10 mai 2023, le Maire de St-Brévin-les-Pins, en
Loire-Atlantique, démissionne suite à l’incendie criminel de sa voiture et de
sa maison. Depuis plusieurs mois, il subissait les menaces et les intimidations
de groupes d’extrême droite opposés au déménagement d’un Centre d’Accueil des
Demandeurs d’Asile sur sa commune. Parmi les opposant figuraient des
groupuscules néo-nazis, mais aussi un ancien candidat Reconquête, le parti
d’Éric Zemmour.
Le moins que l’on puisse dire est que les réactions face à ces événements ont
été plutôt... mitigées. Non seulement aucune mesure n’a été prise pour protéger
le Maire lorsqu’il subissait le harcèlement des anti- migrants: les
manifestations n’ont pas été interdites, aucune interpellation n’a eu lieu.
Mais après les faits, ce ne fut pas mieux. Nul Ministre de l’Intérieur pour
dénoncer dans les médias le « facho- terrorisme » ou pour s’alarmer du «
terrorisme intellectuel de l’extrême-droite », l’éco-terrorisme et le
terrorisme intellectuel de l’extrême-gauche étant certainement plus porteurs
électoralement ; nul journaliste non plus pour exiger des élus du Rassemblement
National qu’ils recevaient, qu’avant toute chose, ils condamnent sans ambiguïté
les violences commises par les manifestants, comme ils ont l’habitude de le
faire régulièrement avec les dirigeants politiques et syndicaux de gauche à la
moindre poubelle brûlée...
Mais surtout, le sujet dérive vite vers la violence faite aux élus, dans un
amalgame entre les simples incivilités et les actes criminels de militants
néo-fascistes. Rapidement, on ne parle plus de l’extrême droite. On dépolitise,
on ne nomme pas l’ennemi. Et comment combattre l’ennemi sans le nommer ? Mais
veut-on vraiment le combattre ? Il est permis d’en douter, quand des
groupuscules néo-nazis, le 6 mai dernier, sont autorisés à défiler en totale
liberté dans les rues de la capitale, sans que les pouvoirs en place ne jugent
utile d’interdire la manifestation. Pas de risque de trouble à l’ordre public,
répondra le Préfet de Police de Paris.
L’épisode de St-Brévin est pourtant loin d’être un cas isolé. Élus menacés,
opposants agressés, journalistes intimidés, la violence d’extrême-droite se
répand de plus en plus en France. Et ce n’est pas moi qui le dis. Les services
de renseignement eux-mêmes s’inquiètent. Selon eux, la première menace
terroriste en France reste naturellement celle de l’islamisme fondamentaliste,
mais juste après vient celle de l’extrême-droite, loin, très loin devant celle
de l’extrême-gauche. D’ailleurs, sur les 10 derniers attentats déjoués en
France, 7 étaient l’œuvre de militants d’ultra-droite.
Cette situation inquiétante n’est pas sans relation avec les scores électoraux
sans cesse croissants du Rassemblement National. Bien sûr, tous les électeurs,
ni même tous les cadres dirigeants de ce parti ne sont pas des néo-fascistes
versés dans l’ultra-violence, loin de là, même s’il existe parfois des liens
étroits entre les groupuscules d’activistes et les partis plus institutionnels.
Mais surtout, c’est la banalisation des idées d’extrême-droite, leur
normalisation, qui amène des militants violents à se décomplexer et qui les
encourage à passer à l’action. Un phénomène que l’on constate un peu partout, y
compris ici dans le Puy-de-Dôme, à Clermont-Ferrand, une ville où ce courant
idéologique est pourtant relativement peu implanté.
C’est pour lutter contre ce danger qu’un collectif s’est créé dans le
département : le Collectif de Lutte Contre les Extrêmes-Droites du Puy-de-Dôme,
ou LCED 63, à qui nous allons donner la parole aujourd’hui dans le Grain de
Son.
Invités:
- Hervé, LCED-63
- Thomas, LC