Chers amis auditeurs et auditrices, avez-vous payé vos impôts ? Aimez-vous payer vos impôts ? Et
pensez-vous payer suffisamment d’impôts ? Oh oh, je vous vois froncer les sourcils : payer ses impôts,
voilà quelque chose que personne n’aime faire, et tout le monde a le sentiment d’en payer trop. Il faut
dire que le discours dominant nous habitue à détester l’impôt. A bas l’impôt, tel est le crédo ! Et il
faudrait être fou pour crier « Vive l’impôt ».
Vive l’impôt, c’est pourtant le titre d’un livre qu’Attac a publié il y a déjà plusieurs années. Rappelons
qu’aux origines de notre association, il y a l’objectif de mettre en place une taxation des transactions
financières, c’est-à-dire une nouvelle taxe, donc un nouvel impôt. Mais quelle drôle d’idée, me direz-
vous, pour une association qui se bat pour plus de justice sociale, que de réclamer une nouvelle mesure
fiscale ! Au cours de l’histoire, les mouvements progressistes ont plutôt eu tendance, au contraire, à
combattre les taxes et les prélèvements divers, souvent perçus comme des ponctions insupportables
des puissants sur les maigres ressources du peuple. Depuis les insurrections contre la Gabelle au temps
de la féodalité jusqu’au soulèvement des Gilets Jaunes suscité par l’augmentation des taxes sur les
carburants, les révoltes fiscales ont bien souvent accompagné, quand elles n’ont pas déclenché, les
élans émancipateurs pour plus de justice et de liberté. L’Américain Henry David Thoreau inventa par
exemple le concept de désobéissance civile, dont nous nous réclamons si souvent, à la suite de son
refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. Même l’Internationale, l’hymne
des luttes sociales à travers le Monde, nous le rappelle : « L’État comprime et la loi triche, L’impôt saigne
le malheureux ».
Aujourd’hui encore, dans un contexte où le pouvoir d’achat est au plus bas, où les classes populaires
sont fortement impactées par l’inflation et les politiques d’austérité, baisser la fiscalité peut passer pour
une mesure de justice sociale bienvenue, presque de bon sens. Mais d’un autre côté, moins d’impôt,
c’est moins de ressources pour les services publics, pour la protection sociale et pour les politiques de
redistribution, qui sont si utiles à ceux qui ont de faibles revenus. Cruel dilemme !
Alors ? La justice fiscale est-elle synonyme de plus d’impôt, ou de moins d’impôt ? Le progrès social
nécessite-t-il de supprimer des taxes, ou au contraire d’en inventer de nouvelles ? S’il est si difficile de
répondre à cette question, c’est peut-être parce qu’elle est mal posée. Plus d’impôt, moins d’impôt, le
problème n’est pas vraiment là. Le véritable enjeu, c’est de faire en sorte que chacun paye sa juste part
d’impôt. Une politique de justice fiscale nécessite donc de se poser la question de savoir qui paye
l’impôt, sur quelles épaules il repose, comment il est réparti au sein de la population. Et force est de
constater que bien souvent la fiscalité, notamment les impôts indirects, pèsent davantage sur les plus
démunis, selon la célèbre formule d’Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-
dire chez les pauvres ».
Débattre de la justice fiscale, comme nous allons le faire aujourd’hui dans le Grain de Son, l’émission
d’Attac Puy-de-Dôme, c’est aussi savoir à quoi sert l’impôt, quelles politiques il finance, au service de
qui ? Inversement, il convient de se demander à qui profitent vraiment les baisses d’impôts et les
allègements de fiscalité qu’on nous annonce ou qu’on nous promet si régulièrement depuis tant
d’années, et qui sont censés nous apporter croissance, plein emploi et prospérité... sans grand succès
jusqu’ici.
Pour répondre à toutes ces questions, et à bien d’autres encore, nous recevons aujourd’hui Carola
KAUFMANN, vérificatrice des finances publiques (à la retraite).